Éphéméride du 16 octobre à Paris : La consécration de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre

Par Manon C. · Mis à jour le 18 octobre 2021 à 15h56 · Publié le 13 octobre 2021 à 15h54
Le 16 octobre 1919, l'église du Sacré-Cœur de Montmartre est consacrée par le cardinal Vico et élevée au rang de basilique, après 44 ans de travaux. Erigée sur les hauteurs de la butte Montmartre, cet édifice religieux de style romano-byzantin fascine toujours autant qu'il horripile certains Parisiens qui considèrent qu'il a été "construit sur le sang des Communards".

Le jeudi 16 octobre 1919, l'église du Sacré-Cœur de Montmartre est consacrée par le cardinal Vico en présence de l'archevêque de Paris, et élevée au rang de basilique. Commencée en 1875, la construction de l'édifice religieux, bâti sur les hauteurs de la butte Montmartre, ne se terminera qu'en 1923. 

De tous temps, la butte Montmartre a été considérée par les peuples comme un lieu de culte, depuis les supposés premiers rituels gaulois à la construction de l'église Saint-Pierre au 12e siècle, partie intégrante de l'abbaye royale de Montmartre, en passant par la décapitation de Saint-Denis au 3e siècle et les temples gallo-romains érigés à la gloire de Mercure et de Mars. Pour l'anecdote, le nom de la colline "Montmartre" découlerait de Mons Martis ("mont de Mars"), réinterprété au fil des ans en Mons Martyrum ("mont des Martyrs") puis Mont de Martre (martre signifiant "martyr" en ancien français). 

 Square Saint-Pierre – 1877 – Photo Louis-Emile DurandelleSquare Saint-Pierre – 1877 – Photo Louis-Emile DurandelleSquare Saint-Pierre – 1877 – Photo Louis-Emile DurandelleSquare Saint-Pierre – 1877 – Photo Louis-Emile Durandelle

Le 4 septembre 1870, jour de la proclamation de la IIIe République, alors que la France est envahie par les armées prussiennes et que Paris s'apprête à être assiégée d'un jour à l'autre, plusieurs hommes d'église soumettent l'idée d'ériger, au coeur de la capitale, un sanctuaire dédié au culte de Jésus-Christ afin d'expier les pêchés de la France et mettre un terme à ce qu'ils considèrent être une punition divine en réponse à un siècle de déchéance débuté lors de la Révolution de 1789

L'idée, menée par le philanthrope Alexandre Legentil, résonne à l'échelle nationale, et aux côtés de son beau-frère, le peintre et notable parisien Hubert de Fleury, Alexandre Legentil entame les démarches pour la réalisation de cet édifice à la gloire du Christ. Ensemble, les deux gentilshommes font appel à l'Assemblée nationale, à la fin de l'année 1872, afin que l'église soit reconnue comme étant d'utilité publique, de manière à acquérir les terrains nécessaires, propriétés de la ville et de nombreux particuliers.

1882 – Photos Louis-Emile Durandelle1882 – Photos Louis-Emile Durandelle1882 – Photos Louis-Emile Durandelle1882 – Photos Louis-Emile Durandelle

En grande partie royaliste, conservatrice et catholique, l'Assemblée nationale, élue en février 1871, vote à la majorité pour la loi d'utilité publique, le 24 juillet 1873. Pour beaucoup, cette décision est prise afin d'expier les crimes commis lors de la Commune de Paris et ainsi instaurer le nouvel “ordre moral” d'une France cléricale promu par les conservateurs.

En effet, la butte Montmartre est considérée comme le point de départ de l'insurrection populaire de la Commune, de mars à mai 1871, avec la fameuse "affaire des canons". Encore aujourd'hui, bon nombre de Parisiens considèrent que le Sacré-Cœur a été "construit sur le sang des Communards"Hubert de Fleury, lui-même, a déclaré lors de la pose de la première pierre de l'édifice : "C'est là où la Commune a commencé, là où ont été assassinés les généraux Clément-Thomas et Lecomte, que s'élève l'église du Sacré-Cœur ! Nous nous rappelons cette butte garnie de canons, sillonnée par des énergumènes avinés, habitée par une population qui paraissait hostile à toute idée religieuse et que la haine de l'Église semblait surtout animer." 

Construction du Sacré-Coeur, vers 1884, anonymeConstruction du Sacré-Coeur, vers 1884, anonymeConstruction du Sacré-Coeur, vers 1884, anonymeConstruction du Sacré-Coeur, vers 1884, anonyme

La loi du 24 juillet 1873 offre ainsi la possibilité à monseigneur Guibert, l'archevêque de Paris, de se porter acquéreur des terrains sur la colline de Montmartre par voie d'expropriation, si nécessaire. Jusqu'alors, les terrains situés derrière l'église Saint-Pierre étaient occupés par des guinguettes, des jardinets ainsi qu'un champ de foire. Cette même année, un concours est organisé par le comité de l'Œuvre du Vœu National et l’archevêque de Paris afin de choisir l'architecte du projet. 

Plusieurs éléments sont imposés aux candidats : le site, la butte Montmartre, le budget, limité à 7 millions de francs, la construction d'une crypte ainsi que la présence d'une statue monumentale du Sacré-Cœur, visible de loin et placée à l'extérieur du bâtiment. C'est l'architecte Paul Abadie qui remporte le concours face à 77 autres projets dont certains menés par des figures de l'architecture et des Grands prix de Rome. Abadie imagine une basilique romano-byzantine avec tous les éléments d'apparat traditionnels, dôme, clochetons et campanile, afin de se démarquer du style néo-baroque en vogue à l'époque. 

Les échafaudages du Sacré-Cœur depuis la place Saint Pierre, Hippolyte BlancardLes échafaudages du Sacré-Cœur depuis la place Saint Pierre, Hippolyte BlancardLes échafaudages du Sacré-Cœur depuis la place Saint Pierre, Hippolyte BlancardLes échafaudages du Sacré-Cœur depuis la place Saint Pierre, Hippolyte Blancard

Honoré Daumet prend la suite de Paul Abadie à sa mort en 1884 ; et lui-même est remplacé par Charles Laisné qui s'entoure du peintre-verrier Émile Hirsch pour la réalisation des vitraux. Se succèdent ensuite plusieurs architectes, Henri-Pierre Rauline, Lucien Magne ou encore Jean-Louis Hulot.

La construction de l'édifice est rendue possible par le financement de nombreux fidèles, notamment grâce à la Souscription des Pierres qui incite les familles à fournir la somme nécessaire pour l'achat d'une pierre, d'une colonne ou d'une chapelle, sur lesquels le nom complet, les initiales ou les armoiries des donateurs sont gravés. En tout, près de 46 millions de francs sont récoltés en un demi-siècle grâce aux dons de près de 10 millions de fidèles.

 La construction de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre, vue prise de la rue du Chevalier-de-la-Barre, Eugène AtgetLa construction de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre, vue prise de la rue du Chevalier-de-la-Barre, Eugène AtgetLa construction de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre, vue prise de la rue du Chevalier-de-la-Barre, Eugène AtgetLa construction de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre, vue prise de la rue du Chevalier-de-la-Barre, Eugène Atget

La première pierre de travertin, une roche blanche au grain extrêmement fin qui a la capacité de blanchir sous la pluie, est posée le 16 juin 1875 par le cardinal Guibert, archevêque de Paris, à deux pas de l'ancien moulin de la Galette. 83 puits de 33 mètres de profondeur sont remplis de béton afin de consolider les fondations, tandis que 35 000m3 de terre meuble sont remplacés par de la pierre et du ciment. Moins d'un an après, une chapelle provisoire est inaugurée à côté des travaux. 

En 1878 débute l'édification de la crypte et en 1881 celle de la basilique. L'intérieur de la nef est, quant à lui, inauguré le 5 juin 1891, à une époque où la IIIe République, fondamentalement anti-clergé, souhaite transformer l'édifice religieux en maison du peuple ou en théâtre. Se détachant quelque peu des plans initiaux de Paul Abadie, les architectes Rauline et Magne ajoutent des éléments néo-Renaissance à l'ensemble, telles que des coupoles allongées ou encore des dômes élancés. 

Consécration de la basiliqueConsécration de la basiliqueConsécration de la basiliqueConsécration de la basilique

Alors que la consécration de l'église devait avoir lieu le 17 octobre 1914, l'entrée en guerre de la France reporte l'évènement. Par ailleurs, les travaux sont loin d'être terminés. Il faut attendre 1912 pour que le campanile, d'une hauteur de 91 mètres, soit terminé, et 1914 pour que l'ensemble de la façade soit achevé.

C'est finalement le jeudi 16 octobre 1919 que l'église du Sacré-Cœur est consacrée par le cardinal Vico, en présence du cardinal Amette, archevêque de Paris, et de nombreux évêques, dignitaires ecclésiastiques, membres du clergé, personnalités civiles et simples fidèles ; et élevée au rang de basilique

Officiellement terminée en 1923, l'édification du Sacré-Cœur continue jusque dans les années 1930 avec la construction d'annexes, de bureaux, de dortoirs et de la sacristie. Les vitraux, posés entre 1903 et 1920 et détruits au cours de la Seconde Guerre mondiale, sont par la suite remplacés par des vitraux contemporains. 

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Vue prise du 53, rue du Chevalier-de-la-Barre, Eugène AtgetBasilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Vue prise du 53, rue du Chevalier-de-la-Barre, Eugène AtgetBasilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Vue prise du 53, rue du Chevalier-de-la-Barre, Eugène AtgetBasilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Vue prise du 53, rue du Chevalier-de-la-Barre, Eugène Atget

A l'extérieur du Sacré-Cœur, les touristes de passage et les Parisiens en goguette peuvent, encore aujourd'hui, découvrir un style architectural d'inspiration romane et byzantine, un dôme central d'une hauteur de 83 mètres qui était, jusqu'à la construction de la Tour Eiffel, le point le plus élevé de Paris, le campanile qui renferme la plus grosse cloche de France, ainsi que plusieurs statues dont celle de Jeanne d'Arc, celle du Christ au Sacré-Cœur sur la poitrine, et celle de Saint-Louis, brandissant son épée d'une main et la couronne du Christ de l'autre main. 

A l'intérieur de la basilique, la voûte du choeur interpelle puisqu'elle est décorée de la plus grande mosaïque de France représentant le Sacré-Cœur de Jésus, entouré de la Vierge Marie et de saint Michel, et, agenouillés, le pape Léon XIII et Jeanne d'Arc, réalisée en émaux de Briare par les mosaïstes parisiens de l'Atelier Guilbert-Martin entre 1918 et 1922. Plus d'une dizaine de chapelles entourent la nef, tandis que les grandes orgues, installées en 1919, sont toujours en place. Au sous-sol, la crypte renferme des tombeaux, plusieurs chapelles, ainsi que des statues de saints et de la Vierge. 

Pour en savoir plus :

 

Informations pratiques

Lieu

35, rue Du Chevalier-De-La-Barre
75018 Paris 18

Plus d'informations
Iconographies :
En-tête : Louis-Emile Durandelle, 1882
Square Saint-Pierre, Louis-Emile Durandelle, 1877
Louis-Emile Durandelle, 1882
Construction du Sacré-Coeur, vers 1884, Anonyme, Musée Carnavalet
Les échafaudages du Sacré-Cœur depuis la place Saint Pierre, Hippolyte Blancard, Musée Carnavalet
La construction de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre, vue prise de la rue du Chevalier-de-la-Barre, Eugène Atget, Musée Carnavalet
Consécration de la basilique du Sacré-Coeur
Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Vue prise du 53, rue du Chevalier-de-la-Barre, Eugène Atget, Musée Carnavalet

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