Éphéméride du 21 octobre à Paris : La naissance de la Comédie-Française

Par Manon C. · Mis à jour le 21 octobre 2021 à 16h24 · Publié le 21 octobre 2021 à 12h49
Le 21 octobre 1680, la Comédie-Française est fondée par ordonnance du roi Louis XIV, résultat de la fusion entre la troupe de Molière et celle de l'hôtel de Bourgogne. L'idée du souverain est simple : mettre un terme aux querelles entre les deux troupes rivales tout en réaffirmant la royauté par la promotion du théâtre classique français, à une époque où la Comédie-Italienne est très en vogue.

Le lundi 21 octobre 1680, l'institution culturelle La Comédie-Française, résultant de la fusion entre les deux seules troupes parisiennes de l'époque, celle de l'hôtel de Guénégaud, l'ancienne troupe de Molière, et celle de l'hôtel de Bourgogne, est fondée par ordonnance royale de Louis XIV.

Aussi appelé Théâtre-Français, il s'agit alors de la première troupe de théâtre permanente de Comédiens-Français, créée par le souverain pour plusieurs raisons : faire face aux troupes de comédiens italiens à une époque où la Comédie-Italienne est très demandée, promouvoir de fait le théâtre classique français tout en réaffirmant le pouvoir de la monarchie, et mettre un terme aux chamailleries stériles entre les deux troupes parisiennes rivales.

Troupe de MolièreTroupe de MolièreTroupe de MolièreTroupe de Molière

Dès 1658, la troupe de Molière fait ses débuts devant la cour de Louis XIV, et l'auteur devient rapidement le favori du jeune roi pour lequel il conçoit pléthore de spectacles en collaboration avec les meilleurs architectes scéniques, chorégraphes et musiciens de l'époque. Mais en 1673, le dramaturge meurt, à l'âge de 51 ans, quelques heures après avoir tenu pour la quatrième fois le rôle-titre du Malade imaginaire

Privée de sa tête pensante, la troupe du roi, désormais dirigée par la veuve de Molière, Armande Béjart et son camarade de scène Charles Varlet dit La Grange, devient exsangue. La troupe rivale de l'hôtel de Bourgogne profite, en effet, du drame pour racoler plusieurs comédiens, dont Michel Baron, La Thorillière et les époux Beauval, qui quittent la troupe de Molière pour rejoindre la leur. 

La mort de MolièreLa mort de MolièreLa mort de MolièreLa mort de Molière

Pour mettre un terme à ces querelles qui conduisent parfois les deux troupes à jouer les mêmes pièces en même temps, Louis XIV ordonne, le 21 octobre 1680, sept années après la mort de Molière, la fusion entre le troupe du roi, installée à l’Hôtel de Guénégaud rue Mazarine, et la troupe du théâtre de Bourgogne, unifiant de fait les troupes comiques et les troupes tragiques. La Comédie-Française est née. 

La première représentation commune est donnée une semaine plus tard, et la Comédie-Française adopte, dans la foulée, une devise significative : "Simul et singulis", "Etre ensemble et être soi-même". Dès lors, exception française, la troupe alterne entre représentations de comédies et représentations de tragédies. Le répertoire se compose alors de l'ensemble des pièces de théâtre de Molière et de Racine, ainsi que de quelques pièces de Corneille, Scarron et Rotrou

Cette fusion est également un moyen pour le souverain de mettre en lumière le théâtre classique français tout en réaffirmant la grandeur de la monarchie française, à une époque où la Comédie-Italienne est très en vogue. De ce fait, les comédiens français obtiennent du roi le monopole des représentations en français à Paris, ainsi qu'une généreuse pension de 12 000 livres. A l'intérieur même de la troupe, ces derniers sont hiérarchisés entre "pensionnaires" et "sociétaires" ayant la possibilité de participer à la gestion du théâtre. 

Théâtre de l'OdéonThéâtre de l'OdéonThéâtre de l'OdéonThéâtre de l'Odéon

Etablie dans un premier temps à l'hôtel de Guénégaud, la Comédie-Française est contrainte de déménager de nombreuses fois au cours du siècle suivant. Expulsés en juin 1687 de l'hôtel de Guénégaud par ordre du Roi sous prétexte qu'ils risquent de troubler la tranquillité du collège religieux des Quatre-Nations, les comédiens s'installent en 1689 au Jeu de Paume de l'Étoile, puis au Palais des Tuileries et enfin en 1782 au théâtre de l'Odéon, alors appelé hôtel de Condé, où la troupe joue pour la première fois la pièce Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, jusqu'alors censurée pour sa critique trop acerbe de la noblesse et de l'aristocratie

Jusqu'à présent sous protection royale, le souverain et les gentilshommes de la Chambre du roi ayant le pouvoir de décider dans le détail de la programmation mais également la sélection des comédiens, ces derniers changent à cette époque de statut. Désormais dotés de droits civils, ils se voient de fait retirer leur pension royale ainsi que le monopole sur le répertoire français. 

Mais durant la Révolution française, sous le régime de la Terreur, les idées trop monarchistes de la Comédie-Française vont conduire à sa fermeture, le 3 septembre 1793, par ordre du Comité de Salut Public et à l'emprisonnement de ses comédiens. Echappant à la guillotine, la troupe, quelque peu dissoute par une scission entre les pro-monarchistes et les pro-républicains, est rétablie en 1799 par le Directoire.

Théâtre français de la RépubliqueThéâtre français de la RépubliqueThéâtre français de la RépubliqueThéâtre français de la République

Avec l'aide de l’écrivain François de Neufchâteau, devenu ministre de l’Intérieur, la Comédie-Française s'installe de manière définitive au théâtre français de la République, la salle Richelieu construite en 1786 par l'architecte Victor Louis en bordure du Palais-Royal suite à l'incendie de la salle de l'Opéra en 1781.

En vogue durant le Premier Empire et les premières années de la Restauration, la Comédie-Française bénéficie de la protection de Napoléon 1er qui, par le décret de Moscou signé en 1812, régit son fonctionnement et son organisation. A travers 87 articles, l'Empereur couche sur papier l’administration théâtrale, le financement de la troupe ou encore l’admission de nouvelles pièces ; des mesures encore en vigueur aujourd'hui. 

Désormais placée sous la tutelle du ministère de la Culture, la Comédie-Française dispose, à ce jour, de trois théâtres à Paris - la salle Richelieu, le Théâtre du Vieux-Colombier et le Studio-Théâtre - où elle y joue un répertoire de 3500 pièces, principalement composé de pièces de théâtre classique, mais également de mises en scène plus modernes et d'auteurs étrangers. 

Bien que mort depuis sept ans lorsque la Comédie-Française fut créée, Molière est toujours considéré comme le patron de l'institution française, par ailleurs surnommée la Maison de Molière. Le fauteuil dans lequel il commença à agoniser, durant la représentation du Malade Imaginaire, est toujours exposée au fond de la galerie des Bustes, après le foyer public, dans la salle Richelieu. 

Pour en savoir plus : 

Il était une fois la Comédie-Française

Informations pratiques

Lieu

2, rue de Richelieu
75001 Paris 1

Accès
Métro Palais Royal - Musée du Louvre

Plus d'informations
Iconographies :
En-tête : Intérieur de la Comédie-Française en 1790
La troupe de Molière
La mort de Molière
Le théâtre de l'Odéon
Le théâtre français de la République, salle Richelieu

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