Niché à l'ouest de Paris, dans le 16e arrondissement, le bois de Boulogne est aujourd'hui un espace de promenade incontournable avec ses 846 hectares de verdure. Pourtant, derrière ses allées cyclables et ses lacs paisibles se cache une histoire royale qui remonte à plus de vingt siècles. Ce grand poumon vert que les Parisiens fréquentent au quotidien était, bien avant eux, le terrain de chasse exclusif des rois de France.
Tout commence avec l'ancienne forêt de Rouvray, un massif gigantesque qui s'étendait bien au-delà de ce que nous connaissons aujourd'hui, englobant les actuelles forêts de Montmorency, de Saint-Germain-en-Laye, le bois de Chaville et celui de Meudon. Son nom vient des chênes rouvres, une variété plus petite que les chênes communs, qui peuplaient alors ce territoire. Selon le site de la Ville de Paris, c'est le roi des Francs Dagobert, qui régna de 629 à 639, qui venait y chasser l'ours, le cerf et toute sorte de gibier parmi ces chênes.
Quant au nom "Boulogne", il arrive bien plus tard. Vers 1315, Philippe le Bel y fait édifier une petite chapelle après un pèlerinage à Boulogne-sur-Mer, et le bois prend tout naturellement son nom. Un détail étymologique que peu de promeneurs imaginent en traversant les allées du parc aujourd'hui.
Au fil des siècles, la forêt devient un domaine royal très convoité. D'après Wikipédia, Philippe Auguste rachète la plus grande partie de la forêt aux moines de Saint-Denis pour en faire une réserve de chasse sur les terres royales. Sous François Ier, un château y est même édifié — le célèbre château de Madrid — transformant l'endroit en véritable lieu de festivités de cour. Le parc de chasse est ensuite entouré d'un mur sous Henri II et Henri III, avec huit portes, comme pour mieux préserver ce privilège royal des regards extérieurs.
C'est aussi dans ce même bois qu'une anecdote savoureuse mérite d'être racontée. Sous Henri III, des bêtes féroces étaient enfermées dans le château de Madrid et on les faisait battre avec des taureaux pour le divertissement du roi. Mais la fin de l'histoire est assez cocasse : une nuit, le roi ayant rêvé que ces animaux voulaient le dévorer, les bêtes furent tuées et remplacées par des meutes de petits chiens, selon les archives numérisées de la Bibliothèque nationale de France sur Gallica.
Durant la guerre de Cent Ans, le bois sert de repaire à des brigands avant de redevenir officiellement un parc de chasse royal au 16e siècle. C'est aussi dans ce cadre que les frères Montgolfier font s'envoler leur tout premier ballon — un chapitre de l'histoire que l'on n'attendrait vraiment pas dans une forêt de chasse.
Le passage de domaine royal à espace public ne se fait pas sans turbulences. Le bois reste en partie clos pour permettre à Louis XVI d'y organiser ses parties de chasse, avant qu'il ne l'ouvre entièrement au public. La Révolution, puis les guerres napoléoniennes, laissent des traces profondes : le bois est occupé et partiellement ravagé par les troupes ennemies qui y campent lors de la campagne de France.
C'est finalement sous Napoléon III que le bois entre dans sa vie moderne. L'empereur s'inspire des parcs paysagers anglais découverts pendant son exil à Londres : pas moins de quatre cent mille arbres sont plantés, des lacs et des rivières creusés. Le paysagiste Adolphe Alphand remodèle entièrement l'espace, et c'est à cette époque qu'est également conçue la Grande Cascade. Imaginée en 1856 par l'ingénieur Eugène Belgrand, cette chute d'eau artificielle de 12 mètres est accompagnée d'un élégant pavillon qui servait à l'origine de halte de chasse à Napoléon III. On imagine volontiers l'empereur s'y reposer après une partie de chasse, avant que le lieu ne connaisse une destinée bien plus gourmande.
L'histoire de la Grande Cascade est l'une des plus belles reconversions de Paris. Ancien pavillon de chasse de Napoléon III, le bâtiment est transformé en restaurant chic à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900, avec une architecture flamboyante mêlant styles Empire, Belle Époque et Art nouveau. Sa verrière coiffée d'une impressionnante marquise en métal vert, attribuée à Gustave Eiffel, en fait aujourd'hui l'un des décors les plus reconnaissables du bois. Détenteur d'une étoile Michelin depuis 1965, l'établissement est géré depuis trois générations par la famille Menut, qui veille jalousement sur cet héritage hors du commun.
En cuisine, le chef Frédéric Robert (passé par les maisons Bernard Pacaud et Alain Senderens) y propose une gastronomie française classique et de saison, avec pour plat signature ses macaronis céleri-rave, foie gras et truffe noire. Une adresse à retenir pour prolonger la promenade autrement, consultable sur le Guide Michelin.
Anecdote littéraire pour finir : c'est en revenant d'une promenade au bois de Boulogne que le jeune Marcel Proust, à seulement 9 ans, subit sa première crise d'asthme. Le futur auteur de la Recherche gardera toute sa vie une relation particulière avec ce lieu chargé de mémoire.
Aujourd'hui, le bois de Boulogne accueille des millions de visiteurs qui viennent se promener, faire du vélo, du canotage sur le lac Inférieur, ou explorer le parc de Bagatelle et le Jardin d'Acclimatation. Difficile d'imaginer, en déambulant sous les chênes, que ces mêmes arbres ont vu passer des rois, des cortèges et des meutes de chasse pendant des siècles.
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Lieu
Bois de Boulogne
Bois de Boulogne
75116 Paris 16
Calcul d'itinéraire
Accès
Métro ligne 10 station "Porte d'Auteuil" ou ligne 9 "Ranelgah"











































