À 16h, Chris Marker tourne à l’aéroport d’Orly les dernières scènes de son énigmatique film d’anticipation La Jetée, le 3 octobre 1962. Il pleut sur l’aérogare. L’information nous est parvenue grâce au carnet de Pierre Joffroy, écrivain, journaliste et acteur occasionnel du film, qui note ce rendez-vous avec une concision presque markerienne : « À Orly à 4 h de l’après-midi. Dernières scènes du “film” d’anticipation de Chris. Il pleut. »
Le tournage a commencé quelques jours auparavant. Le 23 septembre, Joffroy rencontre déjà Marker, Hélène Châtelain et d’autres participants pour des photographies préparatoires avant de se rendre à Orly. Le 29 septembre, son journal indique que le film a commencé 3 jours plus tôt. Ces quelques notes constituent aujourd’hui de rares jalons précis dans la fabrication d’une œuvre dont Chris Marker, cinéaste notoirement discret, a peu documenté publiquement les coulisses.




La Jetée raconte l’histoire d’un homme prisonnier d’un souvenir d’enfance : un visage de femme aperçu autrefois sur la terrasse de l’aéroport d’Orly et la vision confuse d’un homme qui s’effondre. Après une Troisième Guerre mondiale qui a rendu la surface de Paris inhabitable, des survivants réfugiés sous terre l’utilisent comme cobaye. Sa mémoire particulièrement forte doit permettre aux scientifiques de l’envoyer mentalement dans le passé, puis dans le futur, afin d’y chercher les moyens de sauver le présent.
L’aérogare d'Orly vient alors d’entrer dans l’âge d’or de l’aviation commerciale. Inaugurées en février 1961, ses nouvelles installations de verre, d’acier et d’aluminium incarnent la France des Trente Glorieuses, fascinée par les Caravelle, les Boeing 707 et les Douglas DC-8. L’aéroport devient lui-même une destination de promenade : en à peine un an, 3,4 millions de visiteurs viennent flâner sur ses terrasses, déjeuner... ou simplement regarder décoller les avions !




Orly possède même deux longues jetées, à l’est et à l’ouest du bâtiment central, qui conduisent les passagers vers les avions et disposent de terrasses accessibles au public. Pour Chris Marker, ce lieu où l’on observe des machines partir vers un ailleurs inaccessible devient presque naturellement un espace de mémoire, d’attente et de voyage dans le temps.
La Jetée, qui dure environ 28 minutes, est constituée presque exclusivement de photographies fixes en noir et blanc, montées par Jean Ravel et accompagnées par la voix de Jean Négroni. Chris Marker le présente comme un "photo-roman". Une seule et très brève séquence rompt cette immobilité : Hélène Châtelain, allongée dans un lit, ouvre les yeux et regarde la caméra. Après des minutes d’images figées, quelques secondes de mouvement suffisent à produire l’impression presque physique que la photographie prend vie.




Pierre Joffroy prête également au film ses étranges lunettes-jumelles, devenues un accessoire immédiatement reconnaissable, ainsi qu’un hamac utilisé pour les expériences imposées au personnage principal, des objets qui ont depuis rejoint les collections de la Cinémathèque française.
Derrière la science-fiction se cache surtout une réflexion sur la manière dont les images fabriquent nos souvenirs. Chris Marker entretient ici un dialogue évident avec Vertigo d’Alfred Hitchcock, sorti 4 ans auparavant. Dans une séquence au Muséum d’Histoire naturelle, les personnages regardent notamment une coupe de séquoia dont les cercles matérialisent le passage du temps, reprise explicite d’une scène de Vertigo.
Le film est achevé en 1962 et reçoit le Prix Jean Vigo du court métrage en 1963. Son influence dépassera largement le cinéma expérimental : Terry Gilliam reprend ainsi directement son principe de voyage temporel, son monde post-apocalyptique et son fatalisme dans L’Armée des douze singes en 1995.
Pour aller plus loin :
La Cinémathèque française : le temple des cinéphiles au cœur du quartier de Bercy
Parisiens et amoureux du 7e art, voilà un monument du cinéma incontournable à Paris : découvrez la Cinémathèque française, à la fois salle de cinéma et musée au service de l'histoire du cinéma. [Lire la suite]
Le Muséum National d'Histoire naturelle de Paris et ses trésors à découvrir - programme
Le Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris avec son Jardin des Plantes est une institution emblématique de la capitale, fondée en 1793. Accessible tout au long de l'année, ce musée offre une plongée dans le riche patrimoine naturel mondial. Des plantes aux aimaux en passant par les fossiles et les expériences, plongez dans le monde fascinant de la nature. [Lire la suite]
Journées du Patrimoine 2026 : visite théâtralisée à l'aéroport de Paris Orly
Parés au décollage ? L'aéroport de Paris Orly nous dévoile son programme à l'occasion des Journées du Patrimoine 2026 à Paris et en Île-de-France. Voici les animations à vivre ce week-end des 19 et 20 septembre 2026. [Lire la suite]
Cette page peut contenir des éléments assistés par IA, plus d’information ici.
Dates et Horaires
Le 3 octobre 2026
Lieu
Aéroport Orly
Aéroport de Paris-Orly
94390 Aeroport d'Orly
Calcul d'itinéraire



La Cinémathèque française : le temple des cinéphiles au cœur du quartier de Bercy


Le Muséum National d'Histoire naturelle de Paris et ses trésors à découvrir - programme


Journées du Patrimoine 2026 : visite théâtralisée à l'aéroport de Paris Orly














