À 19h30, un train exceptionnel quitte la gare de Strasbourg, l’actuelle gare de l’Est à Paris, le 4 octobre 1883. À son bord, journalistes, responsables ferroviaires et personnalités prennent la direction de Constantinople pour le voyage inaugural officiel de 3100km de l’Express d’Orient, celui que l’histoire retiendra bientôt sous le nom d’Orient-Express.
Une précision s’impose tout de même : ce 4 octobre n’est pas le premier départ commercial du train (un premier Express d’Orient ayant déjà quitté Paris le 5 juin 1883) mais bien le voyage officiel inaugural conçu pour démontrer que l’on peut désormais traverser une grande partie du continent rapidement, sans sacrifier le confort. Le nom "Orient-Express" ne s’imposera, quant à lui, qu’en 1891.




Dans les années 1860, le Belge Georges Nagelmackers découvre aux États-Unis les voitures-lits utilisées sur les longues distances et imagine leur adaptation au réseau ferroviaire européen. Son ambition dépasse rapidement la simple couchette : il veut créer des trains internationaux proposant hébergement, restauration et service à bord, capables de franchir les frontières malgré la multitude des compagnies nationales. En 1876, il fonde donc à Bruxelles la Compagnie internationale des wagons-lits.
Dès 1873, Nagelmackers fait circuler des voitures-lits sur des lignes partant de la capitale vers Strasbourg et Francfort. En octobre 1882, sa compagnie teste aussi un train de luxe complet entre Paris et Vienne : 4 voitures-lits, une voiture-restaurant et 2 fourgons relient les deux villes en moins de 28h. L’expérience convainc le Belge qu’il est possible d’aller beaucoup plus loin !




Reste à faire circuler un même service à travers une Europe fragmentée entre compagnies ferroviaires, administrations et frontières. Un traité signé en mars 1883 organise finalement le "Train Express d’Orient" entre Paris et Giurgevo, aujourd’hui Giurgiu, en Roumanie. Le véritable tour de force est diplomatique et logistique, puisqu’il faut coordonner des réseaux ferroviaires de plusieurs pays.
Le soir du 4 octobre, l’inauguration attire une foule élégante sur les quais parisiens. Les archives de la SNCF recensent 24 invités, dont 2 femmes, parmi lesquels Nagelmackers, des responsables des chemins de fer, des fonctionnaires et plusieurs journalistes français et étrangers.




Parmi eux figure l’écrivain et journaliste Edmond About, futur membre de l’Académie française, Nagelmackers ayant parfaitement compris l’intérêt d’embarquer des hommes de presse capables de raconter l’aventure. Edmond About en tirera De Pontoise à Stamboul, publié en 1884, tandis que le correspondant du Times Henri Opper de Blowitz livrera lui aussi son récit.
Le parcours de 1883 diffère sensiblement de l’image que l’on se fait aujourd’hui de l’Orient-Express. Depuis Paris, le train gagne Strasbourg, Munich, Vienne, Budapest et Bucarest, avant d’atteindre Giurgiu, sur le Danube. Les voyageurs traversent alors le fleuve en bateau pour rejoindre la Bulgarie, reprennent un autre train jusqu’à Varna, sur la mer Noire, puis embarquent sur un vapeur pour atteindre Constantinople. Le "Paris-Constantinople" est donc en réalité une succession organisée de trains et de bateaux.
Il faudra attendre 1889 pour que l’achèvement des infrastructures permette d’effectuer la liaison jusqu’à Constantinople entièrement par voie ferrée. Le trajet passe alors notamment par Belgrade et Sofia et peut être accompli en moins de 68h.




Alors que les longs trajets européens impliquaient jusqu'alors des nuits inconfortables et des repas pris lors des arrêts, Nagelmackers transforme le voyage lui-même en une expérience : on dort, on mange et on traverse plusieurs pays dans un environnement pensé comme un véritable hôtel roulant. D'autant que le voyage inaugural est volontairement fastueux !
Les étapes donnent lieu à des réceptions et des banquets, notamment en Roumanie. Après avoir atteint Constantinople, la délégation y séjourne plusieurs jours avant de reprendre le chemin de Paris. Le train revient dans la capitale le 16 octobre à 6h du matin, moins de 2 semaines après son départ.
Mais l’Orient-Express qui nourrira plus tard les romans policiers, les histoires d’espionnage et l’imagerie Art déco est encore loin. Les célèbres voitures bleu nuit, les décors de René Prou et les panneaux de verre de René Lalique n'arriveront, en effet, que dans les années 1920 !
Pour aller plus loin :
La Gare de l’Est, l’histoire de la gare qui a ouvert Paris vers l’Orient
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Dates et Horaires
Le 4 octobre 2026
Lieu
Gare de l'Est
Rue du 8 Mai 1945
75010 Paris 10
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La Gare de l’Est, l’histoire de la gare qui a ouvert Paris vers l’Orient














