Quel rapport entre les cabarets de Montmartre et le naufrage le plus célèbre de l'histoire ? La réponse se cache sur une pierre tombale ! Dans les allées du cimetière Saint-Vincent, dans le 18e arrondissement de Paris, une sépulture attire l'attention avec cette étonnante inscription en lettres dorées : « Rescapée du Titanic ». Ici repose Léontine Pauline Aubart (1887-1964), surnommée Ninette, une chanteuse montmartroise qui a survécu au terrible naufrage du paquebot en avril 1912. Une incroyable destinée qui l'a menée des cabarets de la Butte aux salons de première classe du Titanic, avant de la ramener dans son cher quartier parisien.
Pour découvrir son histoire, remontons au début du 20e siècle, lorsque Montmartre est encore le royaume des artistes, des chansonniers et des cabarets. Parmi les établissements les plus emblématiques du quartier figure le Lapin Agile, petit cabaret installé rue des Saules, où se croisent peintres, poètes et musiciens. C'est dans cet univers bohème que Ninette Aubart se fait connaître comme chanteuse.
La jeune femme aurait alors croisé la route de Benjamin Guggenheim, un richissime homme d'affaires américain, héritier d'une famille ayant fait fortune dans l'industrie minière. Bien que marié, ce dernier entretient une liaison avec la Parisienne, de vingt ans sa cadette.
Au printemps 1912, les deux amants décident de rejoindre les États-Unis. Accompagnée de sa femme de chambre, Emma Sägesser, Ninette embarque donc le 10 avril 1912 à Cherbourg, à bord du plus grand et du plus luxueux paquebot de son époque : le Titanic ! La jeune chanteuse de 24 ans voyage en première classe et occupe la cabine B35. Mais ce séjour qui s'annonçait idyllique va rapidement tourner au cauchemar…
Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, le Titanic heurte un iceberg dans l'Atlantique Nord. Quelques heures plus tard, le gigantesque navire sombre dans les eaux glaciales de l'océan. Tandis que la panique gagne les passagers, Ninette Aubart et sa femme de chambre parviennent à rejoindre un canot de sauvetage, vraisemblablement le numéro 9.
Les deux femmes échappent au naufrage et sont recueillies par le Carpathia, venu porter secours aux survivants. Benjamin Guggenheim, lui, ne survivra pas à la catastrophe. L'homme d'affaires aurait choisi de revêtir ses plus beaux vêtements pour affronter dignement la mort. Une attitude restée célèbre dans les récits du naufrage, bien que les circonstances exactes de ses derniers instants demeurent difficiles à reconstituer.
Le 18 avril 1912, alors qu'elle vient d'échapper à l'une des plus grandes catastrophes maritimes de l'histoire, Ninette adresse un télégramme à sa famille restée à Paris. Son message, aussi bref que bouleversant, tient en quelques mots :
« Moi sauvée mais Ben perdu. »
Quelques jours plus tard, la jeune femme quitte les États-Unis pour regagner la France.
De retour à Paris, Ninette tente de reprendre le cours de sa vie, désormais marquée par cette terrible traversée. Fait étonnant : dès 1916, seulement quatre ans après le naufrage, elle fait préparer sa propre sépulture au cimetière Saint-Vincent, à quelques mètres du Lapin Agile.
Sur la pierre, elle fait graver son nom et les premières indications de ses dates : « 1887-19.. ». Mais lorsqu'elle meurt le 29 octobre 1964, à l'âge de 77 ans, la date de son décès n'est pas immédiatement complétée. Il faudra attendre le 4 novembre 2004, soit quarante ans plus tard, pour que sa tombe retrouve enfin une inscription complète !
À l'initiative de sa filleule, Annie Panier, une cérémonie est organisée en présence de proches et de membres de l'Association Française du Titanic. Avec l'autorisation de la Ville de Paris, les mots « Rescapée du Titanic » sont alors gravés en lettres dorées sur la sépulture.
Une manière de rappeler aux visiteurs que cette Parisienne, dont le nom est aujourd'hui relativement méconnu, a été témoin d'un événement historique qui continue de fasciner le monde entier.
Pour découvrir cette étonnante sépulture, rendez-vous au cimetière Saint-Vincent, situé au 6, rue Lucien-Gaulard, sur le versant nord de la Butte Montmartre. Attention à ne pas le confondre avec le grand cimetière de Montmartre, situé près de la place de Clichy !
La tombe de Ninette Aubart se trouve dans la 13e division, non loin de celle du peintre Maurice Utrillo et à proximité immédiate du célèbre cabaret du Lapin Agile. Et si vous passez devant sa pierre tombale, prenez quelques instants pour déchiffrer les mots gravés dans le granit.
Car derrière cette sépulture discrète se cache le souvenir d'une jeune Montmartroise qui, un soir d'avril 1912, a vu son destin basculer au milieu de l'Atlantique. Plus d'un siècle après le naufrage, son incroyable histoire continue de faire voyager les curieux… sans même quitter Paris !
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Lieu
Cimetière Saint-Vincent de Montmartre
6 Rue Lucien Gaulard
75018 Paris 18
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