Éphéméride du 21 août à Paris : Premier attentat meurtrier de la Résistance au métro Barbès

Par Manon C. · Mis à jour le 21 août 2021 à 11h10 · Publié le 20 août 2021 à 19h16
Le 21 août 1941, la Résistance commet le premier attentat meurtrier à Paris contre les forces allemandes qui occupent la capitale depuis plus d'un an. Pierre Georges, qui deviendra le colonel Fabien, abat de deux balles un militaire de la Kriegsmarine au métro Barbès-Rochechouart.

Le jeudi 21 août 1941, alors que Paris est occupée depuis plus d'un an par les troupes allemandes, un premier attentat meurtrier est mené par la Résistance contre l'envahisseur à la station de métro Barbès-Rochechouart

Depuis l'invasion allemande de l'Union soviétique en juin 1941, les communistes de France ont reçu l'ordre d'entrer dans la Résistance et de prendre part à la lutte contre les Nazis à travers des attentats individuels visant des officiers allemands. L'objectif est d'obliger le Reich à maintenir ses troupes en France afin qu'elles ne soient pas envoyées sur le front oriental, et ainsi aider l'URSS.

Malgré la résistance et l'hésitation de certains membres du parti, une vingtaine de jeunes communistes s'entraine, durant l'été 1941, dans la forêt de Lardy et forme les Bataillons de la Jeunesse sous la direction d'Albert Ouzoulias et de Pierre Georges, jeune militant communiste de 22 ans et futur colonel Fabien

L'arrestation par les Allemands, le 13 août 1941, de plusieurs jeunes combattants - dont Samuel Tyszelman, grand ami de Pierre Georges - lors d'une manifestation à Strasbourg Saint-Denis, et leur exécution le 19 août, poussent les Bataillons de la Jeunesse à passer à l'action en représailles. La date du 21 août est choisie en référence à l'opération Barbarossa qui déclencha l'invasion de l'Union soviétique par la Wehrmacht, exactement deux mois plus tôt. 

En raison de la courbure prononcée de son quai qui offre de nombreux angles morts et la possibilité de fuir facilement, la station de métro Barbès-Rochechouart est choisie par Pierre Georges pour l'attentat fomenté contre l'ennemi. Les jeunes communistes éludent rapidement l'idée de simplement pousser un soldat allemand sur les voies alors que la rame de métro entre en station, de manière à faire comprendre aux troupes d'occupation le caractère réfléchi et non accidentel de leur action. 

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Le 21 août 1941, Pierre Georges retrouve ses camarades Gilbert Brustlein, missionné pour l'aider à s'échapper, Robert Gueusquin et Fernand Zalkinow, chargés d'observer et rendre compte, dans la station Barbès-Rochechouart. Quelques minutes plus tard, le colonel Fabien abat de deux balles un militaire de la Kriegsmarine, Alfons Moser, dont l'uniforme lui a fait penser à un officier haut gradé. Il prend ensuite la fuite en compagnie de ses compagnons d'armes, tandis qu'Alfons Moser meurt d'hémorragie interne. 

Gilbert Brustlein décrira, dans son livre, la scène de la manière qui suit. "Un allemand en uniforme bleu marine descend l'escalier et pénètre sur le quai, près de nous. "Tu vois, c'est lui qui va payer" me chuchote Fabien. Le poinçonneur ferme le portillon d'entrée car la rame entre en gare. Elle stoppe, et le wagon de première est devant nous. Les portières s'ouvrent. L'allemand pénètre dans le compartiment ; alors Fabien se précipite derrière lui et tend son 6.35. Deux coups de feu : pan, pan ! Je suis à côté de Fabien ; j'ai sorti mon arme pour le protéger. L'allemand tente de se retourner vers moi, chancelle et s'effondre. Fabien fait demi-tour et court en direction de l'escalier de sortie. Je le suis, tenant toujours mon 7.65 pointé en avant pour parer à toute tentative d'interception contre lui. Mais il n'y a aucune réaction sur le quai, et il range son arme dans sa poche [...] Arrivé presque en haut de l'escalier, Fabien crie : "Arrêtez-le". [..] alors voyant mon arme pointée, un courageux tente d'escalader la rampe pour me ceinturer. [...] Je l'esquive et je me précipite vers la grande porte battante par où Fabien s'est échappé. [...] Je le retrouve ; il m'a attendu dans le grand hall situé au niveau du terre-plein du boulevard Barbès. [...] nous sortons sans hâte [...] nous traversons le boulevard et nous empruntons la rue Bervic [...] puis nous entamons un pas de course en direction du square Willette. Personne ne nous poursuit, mais Fabien augmente l'allure de la course et prend quelques mètres d'avance sur moi [...] Il s'exclame : "Titi est vengé".

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Suite à cet attentat qui marque le début des attaques directes de la Résistance contre les forces d’occupation, les autorités allemandes et le régime de Vichy prennent des mesures de répression immédiates ; c'est le début de la politique des otages. Dès le 23 août, un nouveau tribunal, les Sections Spéciales, est créé par Vichy afin de rejuger des personnes condamnées pour délits mineurs. Le lendemain, trois détenus, emprisonnés pour diffusion de tracts communistes, sont fallacieusement rejugés pour terrorisme et guillotinés dans la cour de la prison de la Santé, suivis de trois autres communistes en septembre 1941. 

Arrêtés en octobre 1941 et interrogés par les polices allemande et française, les membres du groupe de Gilbert Brustlein livrent le nom de ce dernier comme étant l'auteur de l'attentat, mais celui-ci a pris la poudre d'escampette. Il faudra attendre le 30 novembre 1942 et l'arrestation du colonel Fabien lors d'un contrôle de routine à la station de métro République, pour que le nom du véritable auteur de l'attentat soit connu des autorités.

Interrogé, Pierre Georges se dénonce lui-même aux policiers français, déclarant : "Au lendemain de l'exécution de Gautherau (sic) par les autorités allemandes, j'ai réalisé de ma propre initiative un attentat contre un aspirant de marine allemande. C'est moi qui ai tiré. J'étais accompagné par Brustlein. Cette affaire a eu lieu au métro Barbès-Rochechouart, le 21 août 1941."

Incarcéré à la prison de Fresnes puis au Fort de Romainville dans l'attente de sa déportation, le colonel Fabien réussit à s'échapper en mai 1943 et continue son combat contre l'envahisseur jusqu'à sa mort, le 27 décembre 1944 à Habsheim en Alsace, due à l'explosion d'une mine.

Informations pratiques

Lieu

Paris
75 Paris

Plus d'informations
Iconographies :
En tête : © Archives départementales de Seine-et-Marne, SC51235/23
Photo n°1 : Compte-rendu de l'attentat, Archives de la Préfecture de Police de Paris

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