À Avon, à deux pas de Fontainebleau en Seine-et-Marne (77), le Couvent des Carmes réserve bien des surprises à qui pousse sa porte. Derrière ce monument historique inscrit depuis 1926, on trouve un jardin calme dédié aux retraitants et un mémorial gratuit dédié au Père Jacques de Jésus, figure marquante de la Résistance sous l'Occupation. Un lieu discret, porteur d'une histoire humaine profonde, qui se visite toute l'année et en accès libre durant les Journées du Patrimoine.
L'histoire de ce lieu commence bien avant les Carmes. La Charité d'Avon est l'ancien hôpital du château de Fontainebleau, fondé en 1662 par la reine Anne d'Autriche. Louis XIV, sur les instances de la reine mère, se porte acquéreur d'un terrain avec moulin à eau pour y faire construire un établissement hospitalier tenu par les frères de Saint-Jean-de-Dieu.
L'hôpital prospère grâce, entre autres, à la générosité de Louis XVI et de Marie-Antoinette, avant de sombrer à la Révolution et d'être dissous par le Directoire en 1796. À partir de 1920, les Carmes déchaux, de retour de leur exil en Belgique, y installent un couvent. L'architecture du parc, liée à celle du château de Fontainebleau voisin, confère à l'ensemble une silhouette classique et soignée, que l'on perçoit dès le portail face à l'église royale d'Avon.
On ne s'y attend pas forcément, mais le jardin du couvent des Carmes d'Avon est l'un de ces endroits où la ville semble soudain très loin. Les bassins, sols des jardins et murs de soutènement sont inscrits aux monuments historiques depuis 1994, et leur architecture reste directement liée à celle du domaine de Fontainebleau.
Au cœur de la cour du couvent se trouve le mémorial Père Jacques de Jésus, et il est totalement gratuit. Ce mémorial retrace les grandes étapes de la vie du Père Jacques et permet de percevoir les fondements intellectuels, moraux et spirituels qui ont guidé ses actions. Il est accessible à tous, chaque jour de 9 h 00 à 17 h 45 Des visites guidées peuvent également être organisées sur demande, notamment pour les groupes scolaires. Les Journées du Patrimoine sont aussi l'occasion idéale pour y venir : chaque année à cette occasion, le couvent organise des portes ouvertes avec visite libre du mémorial et du jardin, visite guidée des lieux et projection du documentaire Par la Croix vers la lumière.
C'est l'histoire de ce lieu qui en fait toute la profondeur. Lucien Louis Bunel, né le 29 janvier 1900 à Barentin près de Rouen, entre chez les Carmes en 1931 sous le nom de Père Jacques de Jésus. Il est nommé en 1934 directeur du collège Sainte-Thérèse de l'Enfant-Jésus du couvent d'Avon, qui vient d'ouvrir. Sous l'Occupation, il fait bien plus que diriger une école : en mars 1943, il accueille et cache trois enfants juifs au sein du Petit Collège comme pensionnaires.
Le 15 janvier 1944, la Gestapo intervient au couvent. Les trois enfants Jacques-France Halpern, Maurice Schlosser et Hans-Helmut Michel sont arrêtés avec le père Jacques. Déportés, les trois enfants sont assassinés à leur arrivée à Auschwitz. Quant au père Jacques, il est transféré de camp en camp, de Compiègne à Mauthausen, où il galvanise le courage de ses codétenus jusqu'à l'épuisement. Libéré en mai 1945, il ne survit pas aux privations et meurt le 2 juin 1945. Son corps repose dans le petit cimetière du couvent, à Avon. Il a été reconnu Juste parmi les nations, la distinction décernée par l'État d'Israël aux non-Juifs ayant risqué leur vie pour sauver des Juifs pendant la Shoah.
Ce drame humain n'aurait peut-être pas eu le même retentissement sans un certain élève du Petit Collège des Carmes. Louis Malle, élève de ce collège, raconte l'arrestation dont il a été témoin, en 1987, dans son film Au revoir les enfants. Le cinéaste avait 11 ans au moment des faits. Le film remporte le Lion d'or à Venise et le César du meilleur film la même année, et reste aujourd'hui l'une des œuvres les plus poignantes sur l'enfance sous l'Occupation. Visiter ce lieu après avoir vu le film, c'est marcher dans les pas réels de ces enfants et de cet homme, dans les mêmes couloirs et la même cour. Une expérience qui laisse une trace durable.
On conseille cette visite à ceux qui aiment conjuguer patrimoine historique, mémoire et calme. Si vous visitez les jardins de Fontainebleau, pourquoi ne pas demander à visiter le mémorial. Voilà une escapade culturelle depuis Paris, à environ une heure en RER D jusqu'à la gare de Fontainebleau-Avon. Le Centre spirituel des Carmes d'Avon se trouve 1 rue Père Jacques à Avon. Pour en savoir plus sur la vie du père Jacques, le site jacquesdejesus.com est une excellente ressource, tout comme les Archives départementales de Seine-et-Marne qui conservent de nombreux documents d'époque.
Pour prolonger la découverte du patrimoine de Seine-et-Marne au Pays de Fontainebleau, on vous recommande deux belles adresses pour plonger dans l'histoire. À quelques minutes de là, la chapelle basse Saint-Saturnin au château de Fontainebleau est un joyau méconnu que peu de visiteurs prennent le temps de chercher, pourtant chargé d'une atmosphère médiévale saisissante. Dans un tout autre registre, direction Barbizon pour découvrir le musée et atelier de Jean-François Millet, où l'on plonge dans le quotidien du peintre de l'Angélus au cœur du village qui a inspiré toute une génération d'artistes. Deux visites à combiner facilement avec un passage au Couvent des Carmes pour une belle journée de patrimoine au Pays de Fontainebleau.
Dates et Horaires
Prochains jours
Vendredi :
de 8h30 à 20h30
Samedi :
de 8h30 à 20h30
Dimanche :
de 8h30 à 20h30
Lundi :
de 8h30 à 20h30
Mardi :
de 8h30 à 20h30
Mercredi :
de 8h30 à 20h30
Jeudi :
de 8h30 à 20h30
Lieu
Couvent des Carmes Avon
1 Rue Père Jacques
77210 Avon
Tarifs
Gratuit
Site officiel
www.centrespirituel-avon.org



























































