Le 11 septembre 1861, une consécration attire les regards rue Daru, dans l'ouest de Paris. Évêques, prêtres, diplomates et fidèles se pressent sous les voûtes d'une église qui tranche singulièrement avec le paysage religieux de la capitale : l'église orthodoxe russe Saint-Alexandre-Nevsky. Avec ses 5 flèches coiffées de bulbes dorés, l'édifice, qui deviendra plus tard une cathédrale, offre enfin à la communauté russe parisienne le sanctuaire permanent qu'elle attendait depuis plusieurs décennies.
En 1861, le quartier ne ressemble pourtant guère à celui que nous connaissons aujourd'hui. L'Arc de Triomphe est achevé depuis seulement 25 ans, les grands travaux haussmanniens redessinent Paris et les abords de l'ancienne barrière de l'Étoile connaissent une urbanisation rapide.




La chute de Napoléon Ier et l'entrée des armées alliées dans Paris en 1814 amènent dans la capitale de nombreux Russes, le tsar Alexandre Ier y séjournant lui-même. Son oratoire de campagne est alors installé dans des locaux loués près des Champs-Élysées et constitue l'un des premiers jalons d'une présence orthodoxe russe organisée à Paris.
Cette présence ne disparaît pas avec le départ des armées. Diplomates, aristocrates, militaires, voyageurs, commerçants et artistes russes fréquentent de plus en plus régulièrement la capitale française au cours du 19e siècle. Mais la communauté orthodoxe ne possède toujours pas d'église construite pour son culte. Les offices sont célébrés dans des installations provisoires liées notamment à la représentation diplomatique russe.




Un homme va consacrer des années à changer cette situation : le père Joseph Vassiliev, aumônier de l'ambassade impériale de Russie. À partir de 1847, il défend le projet d'une véritable église orthodoxe russe, suffisamment vaste pour accueillir durablement les fidèles. Mais construire une église russe dans la capitale française suppose de réunir des fonds considérables, de trouver un terrain et surtout d'obtenir l'accord des autorités.
D'autant que la France du milieu du 19e siècle entretient avec la Russie des relations pour le moins changeantes. Quelques années seulement avant l'ouverture de Saint-Alexandre-Nevsky, les deux pays se sont même affrontés pendant la guerre de Crimée, entre 1853 et 1856.




Le projet survit pourtant aux tensions diplomatiques. Sous le Second Empire, Napoléon III donne finalement son accord à la construction. Une vaste souscription est organisée en Russie et auprès des communautés russes établies à l'étranger. Les dons ne viennent d'ailleurs pas uniquement des orthodoxes : en France, catholiques et protestants participent également au financement. Le soutien le plus spectaculaire vient de l'empereur Alexandre II, qui verse personnellement 150 000 francs-or.
Le père Vassiliev peut alors acquérir un terrain dans le secteur de la rue de la Croix-du-Roule, future rue Daru, sur une partie de l'ancien domaine Beaujon. La première pierre de l'église est solennellement posée le 3 mars 1859. Deux architectes liés à l'Académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg sont associés au chantier. Roman Kouzmine, architecte de la cour impériale, établit les plans, tandis qu'Ivan Strohm dirige leur réalisation à Paris.




Saint-Alexandre-Nevsky adopte un style russo-byzantin particulièrement reconnaissable, avec un plan est organisé autour d'une croix grecque. À l'extérieur, les volumes sont couronnés par 5 flèches surmontées de bulbes dorés et de croix orthodoxes. Dans le Paris haussmannien qui se construit alors, le contraste est saisissant.
L'intérieur est tout aussi dépaysant. Le regard se porte vers l'iconostase, cette cloison couverte d'icônes qui sépare le sanctuaire de la nef dans la tradition orthodoxe. L'église reçoit également de nombreuses peintures et icônes réalisées par des artistes russes, parmi lesquels Fiodor Bronnikov ainsi qu'Evgraf et Pavel Sorokine. Les travaux avancent rapidement : commencée en 1859, l'église est achevée à l'été 1861.




Vient alors le 11 septembre 1861. La date n'est pas choisie au hasard : elle est liée à la célébration de la translation des reliques de saint Alexandre Nevsky à Saint-Pétersbourg. Le personnage auquel l'église est dédiée occupe, en effet, une place considérable dans l'histoire et l'imaginaire russes. Prince de Novgorod au 13e siècle, Alexandre Iaroslavitch, dit Alexandre Nevsky, doit son surnom à sa victoire sur les Suédois lors de la bataille de la Neva en 1240.
Deux ans plus tard, il bat les chevaliers teutoniques lors de la célèbre bataille sur le lac Peïpous. Canonisé par l'Église orthodoxe russe, il devient progressivement l'une des grandes figures politiques et religieuses de la Russie.




Le titre de cathédrale viendra beaucoup plus tard, au début des années 1920, lorsque les bouleversements de la Russie feront de Paris l'un des grands centres de l'émigration orthodoxe. L'histoire du bâtiment bascule en effet après la Révolution russe de 1917. La guerre civile puis l'exil de centaines de milliers de Russes bouleversent la géographie de l'orthodoxie en Europe occidentale. Paris devient l'un des principaux foyers intellectuels, artistiques et religieux de cette diaspora.
Au fil des décennies, écrivains, peintres, musiciens, danseurs et intellectuels fréquentent la rue Daru. Certains y célèbrent leur mariage, d'autres y reçoivent leurs derniers adieux. Ivan Tourgueniev y a ainsi ses obsèques religieuses en 1883. Quelques décennies plus tard, une cérémonie beaucoup plus inattendue réunit dans l'église plusieurs figures majeures de l'avant-garde parisienne. Le 12 juillet 1918, Pablo Picasso y épouse Olga Khokhlova, danseuse russe des Ballets russes. Parmi leurs témoins figurent Jean Cocteau, Max Jacob et Guillaume Apollinaire.




Les obsèques du grand chanteur Fédor Chaliapine y sont célébrées en 1938, celles de Vassily Kandinsky ont lieu en 1944, et plus tard, celles de Georges Gurdjieff, Ivan Bounine, Andreï Tarkovski et Henri Troyat.
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Dates et Horaires
Le 11 septembre 2026
Lieu
Cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky
12 Rue Daru
75008 Paris 8
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