À Montmartre, il existe une petite maison dont les occupants ne sortent jamais… mais continuent de regarder passer les vivants ! Cachée dans les allées du cimetière Saint-Vincent, dans le 18e arrondissement de Paris, cette tombe insolite ne ressemble à aucune autre. Avec son toit de tuiles, sa fenêtre et ses rideaux, elle prend des airs de maisonnette miniature. Mais le plus surprenant se trouve derrière la vitre : un homme et une femme semblent observer les visiteurs, comme s'ils étaient tranquillement installés chez eux. Une sépulture originale, à la fois attendrissante et intrigante, qui raconte une jolie histoire d'amour et de création artistique au cœur du vieux Montmartre.
Il faut s'approcher pour comprendre ce qui rend cette sépulture si particulière. Derrière les rideaux de cette drôle de maison funéraire, deux personnages sont représentés côte à côte, le regard tourné vers l'extérieur. Ces mystérieux occupants ne sont autres que Papoue (1908-1961) et son époux Platon Argyriadès (1888-1968), deux artistes étroitement liés à l'histoire de Montmartre.
Platon, de son nom complet Nicolas Platon Constantin Argyriades, était notamment céramiste, faïencier et verrier. Avec son épouse, il cultivait un univers où se rencontraient artisanat et poésie. Sur leur tombe, un mot résume merveilleusement cette association : « poétiers ». Un joli jeu de mots entre « poètes » et « potiers », qui reflète leur manière de mêler création artistique et imagination.
Leur monument funéraire adopte d'ailleurs une esthétique naïve, caractérisée par une représentation simple, familière et presque enfantine du quotidien. Ici, pas de grande statue solennelle : seulement deux amoureux qui semblent avoir décidé de passer l'éternité à regarder le monde depuis leur fenêtre.
L'histoire de cette tombe insolite prend une dimension encore plus touchante lorsqu'on découvre le passé de ses occupants. Selon plusieurs chroniqueurs de Montmartre, Platon aurait été l'un des derniers habitants de la célèbre maison de Mimi Pinson, une ancienne maisonnette située au 18, rue du Mont-Cenis.
Cette habitation, devenue l'un des symboles du Montmartre bohème, a bel et bien existé. Le musée Carnavalet en conserve notamment des représentations anciennes et précise qu'elle fut démolie en 1925. Quant à Mimi Pinson, il ne s'agissait pas d'une mystérieuse propriétaire, mais d'un personnage littéraire imaginé par Alfred de Musset en 1845, devenu une figure populaire de la grisette parisienne et du monde des artistes. Papoue disparaît en 1961, sept ans avant son époux. Pourtant, sur cette petite façade, les voilà réunis pour toujours, côte à côte.
On pourrait donc être tenté de voir dans la sépulture de Papoue et Platon un hommage à cette petite maison disparue. Cependant, aucun document ne permet d'affirmer que le monument funéraire s'en inspire directement.
Pour découvrir cette étonnante maisonnette funéraire, direction le cimetière Saint-Vincent, au 6, rue Lucien-Gaulard, à quelques pas des vignes de Montmartre et du cabaret du Lapin Agile. Attention à ne pas le confondre avec le grand cimetière de Montmartre, situé plus bas, près de la place de Clichy !
Ouvert en 1831, ce petit cimetière confidentiel accueille de nombreuses personnalités liées à l'histoire artistique du quartier. La tombe de Papoue et Platon se trouve dans la 13e division, où elle figure sous le numéro 48 sur le plan officiel des sépultures remarquables.
Et si vous passez devant leur petite maison, prenez le temps d'observer la fenêtre. Après tout, ce n'est pas tous les jours que l'on croise une tombe dont les occupants semblent aussi curieux de découvrir leurs visiteurs !
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Lieu
Cimetière Saint-Vincent de Montmartre
6 Rue Lucien Gaulard
75018 Paris 18
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