En cet été 1429, presque tout semble réussir à Jeanne d'Arc. Le 8 mai, Orléans a été délivrée du siège anglais ; en juin, la campagne de la Loire permet aux Français de reprendre plusieurs positions stratégiques ; puis vient l'objectif qui paraissait encore improbable quelques mois auparavant : conduire le dauphin Charles jusqu'à Reims, en territoire largement contrôlé ou menacé par ses adversaires, afin qu'il y reçoive le sacre. Le 17 juillet 1429, Charles VII est sacré roi de France dans la cathédrale de Reims.
Reste une anomalie considérable : le roi de France ne contrôle toujours pas Paris ! La capitale échappe aux Armagnacs depuis 1418, année où les Bourguignons y ont repris le pouvoir dans un bain de sang. Puis le traité de Troyes de 1420 et la mort de Charles VI en 1422 ont placé la ville dans l'orbite de la double monarchie franco-anglaise. Paris reconnaît alors Henri VI d'Angleterre comme roi de France et d'Angleterre, tandis que son oncle, le duc de Bedford, exerce la régence française.




La situation est donc plus complexe qu'une simple occupation anglaise. La capitale possède un puissant parti bourguignon et une partie importante de ses habitants demeure hostile aux Armagnacs. Les souvenirs des violences de la guerre civile sont encore frais. Après Reims, l'armée de Charles VII se rapproche pourtant inexorablement de Paris.
Soissons, Château-Thierry, Provins, Coulommiers, Crépy-en-Valois : la progression royale exerce une pression croissante sur la capitale. Mais Charles VII hésite, sa stratégie politique privilégie parallèlement la négociation avec Philippe le Bon, duc de Bourgogne, dont une rupture avec les Anglais pourrait modifier profondément le rapport de forces. Le 28 août 1429, une trêve est conclue à Compiègne. Jeanne d'Arc, elle, regarde vers Paris.




Au début du mois de septembre, les troupes royales atteignent les environs de la capitale. Charles VII s'installe à Saint-Denis, tandis que Jeanne et plusieurs grands capitaines prennent position à La Chapelle, alors village situé hors de Paris, entre la ville fortifiée et Saint-Denis. Les noms qui l'accompagnent donnent la mesure de l'expédition : Jean II d'Alençon, le duc de Bourbon, le comte de Vendôme, le comte de Laval, Gilles de Rais, Jean de Brosse de Boussac, auxquels s'ajoutent d'autres capitaines et gens de guerre.
Durant plusieurs jours, les Français observent les défenses parisiennes et multiplient les reconnaissances. Paris est une cible redoutable : la ville est protégée sur sa rive droite par l'enceinte de Charles V, édifiée à partir du 14e siècle et renforcée au fil du temps ; devant ses murailles s'étendent des fossés particulièrement imposants.




Pour pénétrer dans Paris, il ne suffit donc pas d'enfoncer une porte. Il faut traverser un premier fossé, franchir l'espace intermédiaire, combler ou traverser le second, atteindre la muraille sous les projectiles des défenseurs puis escalader les fortifications.
Le point choisi pour l'offensive est la porte Saint-Honoré, une fortification médiévale aujourd'hui disparue, qui se trouvait près du Louvre et de la place André-Malraux, au niveau de l'actuelle rue Saint-Honoré. Le promeneur qui traverse aujourd'hui ce secteur entre le Louvre, la Comédie-Française et le Palais-Royal marche donc pratiquement sur le terrain de l'assaut de 1429 !




Le jeudi 8 septembre, l'attaque commence. Les troupes parties de La Chapelle gagnent l'ouest des fortifications parisiennes, empruntant le parcours suivant : l'actuel faubourg Saint-Denis, les abords de Saint-Lazare, puis le pied de Montmartre avant de rejoindre les terrains situés devant la porte Saint-Honoré. À l'époque, une bonne partie de ces espaces appartient encore à la campagne qui entoure la ville fortifiée !
L'artillerie française est mise en position. Des pièces sont installées dans le secteur de la butte Saint-Roch, relief aujourd'hui presque imperceptible dans le paysage parisien. Elles doivent soutenir l'assaut contre les fortifications, mais de l'autre côté des murs, Paris est prêt ; les autorités ont organisé la défense.




Les portes et les murailles sont gardées et les habitants mobilisés, bien que les défenseurs redoutent une agitation favorable à Charles VII à l'intérieur de la ville. Quelques voix annoncent même que les ennemis seraient déjà entrés dans Paris ! Mais le soulèvement espéré par les Français ne se produit pas. Les habitants chargés de défendre les portes et les murs restent à leur poste et reçoivent le renfort d'autres Parisiens. Une grande partie de la population, elle, se terre.
À l'extérieur, l'attaque se poursuit. Pour traverser les fossés, les hommes de Charles VII disposent de fagots, de fascines, de planches et d'échelles. Le principe est simple : jeter suffisamment de matériaux dans les fossés pour créer un passage jusqu'au pied de la muraille. Seulement, dans la pratique, l'opération tourne au cauchemar. Les assaillants doivent travailler à découvert sous les tirs provenant des remparts. Flèches, carreaux d'arbalète, pierres et projectiles s'abattent sur eux.




Le premier obstacle est franchi, mais le second fossé pose un problème beaucoup plus sérieux. Jeanne d'Arc se porte elle-même au plus près des défenses. C'est là que l'épisode entre dans la légende. Elle cherche à connaître la profondeur du fossé et encourage les hommes à poursuivre l'attaque. Les Français tentent toujours de le combler avec les matériaux apportés sur place. Mais Jeanne d'Arc est touchée, un carreau d'arbalète la frappant à la cuisse.
La blessure est suffisamment sérieuse pour l'empêcher de poursuivre normalement le combat, mais elle refuse d'abandonner immédiatement. Plusieurs récits la montrent ainsi continuant à exhorter les soldats malgré la douleur et la tombée du jour. La scène sera maintes fois peinte, gravée et transformée par l'imagerie patriotique des siècles suivants.




Pendant ce temps, les défenseurs tiennent toujours. Pour les religieux de Notre-Dame de Paris, les assaillants sont les Armagnacs, ennemis de la ville. Ils se félicitent donc que Paris ait échappé au pillage et s'indignent que l'offensive ait été menée un 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge.
A mesure que la journée avance, l'espoir de pénétrer dans la capitale disparaît. Le second fossé n'est pas franchi, les pertes s'accumulent, Jeanne d'Arc est blessée et aucune insurrection intérieure ne vient ouvrir les portes aux soldats de Charles VII. Le duc d'Alençon et plusieurs hommes finissent par ramener la combattante et l'armée se replie vers ses positions. La tentative du 8 septembre 1429 vient d'échouer, et elle ne sera pas renouvelée le lendemain.




C'est ici qu'apparaît l'une des grandes questions historiques entourant l'épisode : Charles VII voulait-il réellement prendre Paris à ce moment-là ? L'historiographie ancienne a souvent opposé une Jeanne d'Arc audacieuse, désireuse de profiter de l'élan des victoires précédentes, à un roi faible ou ingrat qui aurait volontairement arrêté son offensive. Mais la réalité politique est moins romanesque.
Charles VII mène simultanément une stratégie militaire et diplomatique. Cherchant notamment à détacher Philippe le Bon de l'alliance anglaise, il sait qu'une conquête brutale de Paris risque de compromettre les négociations. La capitale étant par ailleurs fortement défendue, et rien ne garantit que sa population accueillera les troupes royales en libératrices.




Le 9 septembre, l'offensive n'est donc pas reprise. Jeanne d'Arc et l'armée se retirent finalement vers Saint-Denis avant que, quelques jours plus tard, Charles VII ne quitte à son tour la région parisienne. Pour Jeanne d'Arc, Paris marque un tournant. Depuis Orléans, son parcours semblait suivre une trajectoire presque irrésistible, avec les victoires de la Loire, la marche vers Reims et le sacre du roi. Mais devant la porte Saint-Honoré, cette dynamique se brise.
Elle continue pourtant à combattre. Au printemps suivant, le 23 mai 1430, Jeanne d'Arc est capturée devant Compiègne par les Bourguignons. Livrée ensuite aux Anglais, elle est transférée à Rouen, jugée pour hérésie et brûlée vive le 30 mai 1431. Paris, pendant ce temps, demeure dans le camp anglo-bourguignon.




La situation ne bascule réellement que plusieurs années plus tard. L'alliance entre Charles VII et Philippe le Bon est finalement conclue avec le traité d'Arras en 1435, isolant politiquement les Anglais. Le 13 avril 1436, les troupes de Charles VII entrent enfin dans Paris. 7 ans se sont écoulés depuis la journée où Jeanne d'Arc avait tenté de franchir les fossés de la porte Saint-Honoré.
La ville médiévale dans laquelle s'est déroulé le combat a presque entièrement disparu : l'enceinte de Charles V a été démantelée, les fossés comblés et la porte Saint-Honoré détruite. Le développement de Paris a ensuite englouti les champs sur lesquels l'armée royale avait manœuvré.
Néanmoins, l'événement a laissé une trace visible dans le Paris actuel. Au 161-163 rue Saint-Honoré, une plaque et un médaillon rappellent l'emplacement de l'ancienne porte : « Ici s'élevait la porte Saint-Honoré près de laquelle Jeanne d'Arc fut blessée le 8 septembre 1429. » Et quelques centaines de mètres plus loin se dresse l'une des représentations les plus célèbres de Jeanne d'Arc à Paris : la statue équestre dorée d'Emmanuel Frémiet, place des Pyramides.
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Dates et Horaires
Le 8 septembre 2026
Lieu
Place des Pyramides
Place des Pyramides
75001 Paris 1
Calcul d'itinéraire
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