Éphéméride du 7 octobre à Paris : Gambetta s'échappe de Paris assiégé en ballon volant

Par Manon de Sortiraparis · Mis à jour le 7 octobre 2026 à 7h
Le 7 octobre 1870, Léon Gambetta tente une sortie spectaculaire de Paris encerclé : franchir les lignes prussiennes à bord du ballon Armand-Barbès.

Une foule se presse sur la place Saint-Pierre, au pied d’un Montmartre encore dépourvu de Sacré-Cœur, lorsque Léon Gambetta quitte Paris assiégé à bord du ballon Armand-Barbès, le 7 octobre 1870. Sa destination est Tours, où une délégation du gouvernement de la Défense nationale tente d’administrer le pays et de poursuivre la guerre contre les armées allemandes. La voie terrestre étant coupée, le jeune ministre de l’Intérieur choisit celle des airs.

La situation militaire explique cette sortie hors norme : après la défaite de Sedan et la chute de Napoléon III, la République a été proclamée à Paris le 4 septembre 1870. Deux semaines plus tard, les forces allemandes encerclent la capitale, et les routes, voies ferrées et télégraphe vers la province passent sous leur contrôle ou deviennent impraticables. Une délégation gouvernementale a heureusement été installée à Tours avant l’investissement complet de Paris, mais elle reste séparée des principaux membres du gouvernement enfermés dans la capitale. Gambetta reçoit alors pour mission de la rejoindre et de donner une nouvelle impulsion à la défense.

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« La Défense de Paris – Départ de M. Gambetta, ministre de l’Intérieur, pour Tours, par le ballon Armand-Barbès, le 7 octobre », gravure publiée en 1870. Copyright : graveur anonyme / Paris Musées – Musée Carnavalet, CC0.

Depuis quelques jours, Paris expérimente justement une solution spectaculaire à son isolement : les ballons montés. Ces aérostats emportent un aéronaute, parfois des passagers, et des sacs de courrier au-dessus des lignes ennemies. Le Neptune a inauguré ce service postal aérien le 23 septembre. Pendant le siège, les ballons deviennent l’un des rares moyens d’envoyer des informations vers la province, tandis que les pigeons voyageurs assurent une partie du trajet inverse.

Nadar joue un rôle majeur dans cette organisation. Passionné depuis longtemps par l’aérostation, le photographe ferme son atelier pendant le siège et participe à la création d’une compagnie d’aérostiers chargée de fournir des ballons au gouvernement. Parmi les premiers appareils construits figurent le George Sand, le Louis Blanc et l’Armand-Barbès, baptisé en mémoire du révolutionnaire républicain mort quelques mois auparavant.

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Léon Gambetta photographié par Nadar en 1870, l’année où il quitte Paris assiégé à bord de l’Armand-Barbès. Copyright : Félix Nadar — domaine public / Public Domain Mark.

Vers 11h10, Léon Gambetta prend place dans la nacelle de l’Armand-Barbès avec son proche collaborateur Eugène Spuller. L’aérostat est piloté par Alexandre Trichet. Le Musée Postal conserve encore une lettre transportée ce jour-là et confirme le lieu et l’heure du départ : place Saint-Pierre, à Montmartre. Un second ballon, le George Sand, s’élève pratiquement au même moment, emportant plusieurs autres voyageurs.

Les récits de l’époque décrivent une foule massée autour des ballons et des cris de "Vive la République !" lorsque les cordages sont lâchés. Depuis la butte, les deux enveloppes gagnent de l’altitude et dérivent vers le nord. Contrairement aux futurs dirigeables, ces ballons restent entièrement tributaires du vent : le pilote peut agir sur l’altitude en lâchant du lest ou du gaz, mais il ne choisit pas véritablement sa direction !

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Gonflement d’un petit ballon chez Félix Nadar, à Paris, vers 1869-1879. Le photographe participe à l’organisation des ballons montés pendant le siège de 1870. Copyright : Félix Nadar / Paris Musées – Musée Carnavalet, CC0.

La traversée des lignes allemandes ajoute un danger autrement plus immédiat. Des soldats prussiens ouvrent le feu sur l’Armand-Barbès lors de son passage. Le ballon prend de l’altitude pour s’éloigner des tirs, avant de poursuivre sa course au-dessus de l’Oise. Il couvre environ une centaine de kilomètres avant sa descente.

Vers 14h45, un peu plus de 3h après le décollage, l’Armand-Barbès termine son voyage dans le bois de Favières, près d’Épineuse, dans l’Oise. La nacelle et son ballon s’accrochent aux branches d’un arbre ; Gambetta, Spuller et Trichet retrouvent finalement le sol en territoire français, après avoir franchi la ceinture militaire qui enferme Paris.

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Les ballons du siège de Paris, de septembre 1870 à février 1871, lithographie d’Albert Tissandier. La planche recense les aérostats ayant quitté la capitale encerclée. Copyright : Albert Tissandier, publié par E. Bulla et fils / Library of Congress — domaine public, Public Domain Mark 1.0.

Les voyageurs gagnent Montdidier, puis Amiens et Rouen, en contournant les secteurs occupés, et Gambetta arrive à Tours le 9 octobre. Quelques heures plus tard, il adresse une proclamation aux départements et prend rapidement une place prépondérante dans la délégation gouvernementale. Il cumule bientôt les responsabilités de l’Intérieur et de la Guerre et participe à la levée de nouvelles armées destinées à tenter de dégager Paris.

Paris apprend lui aussi que le voyage a réussi grâce à un procédé digne d’un roman d’aventures : un pigeon voyageur emporté hors de la capitale revient le 9 octobre avec des nouvelles de Gambetta. Un document conservé au musée de l’Armée rappelle que l’oiseau atteint son colombier parisien vers 2h de l’après-midi, permettant de rassurer les autorités sur le sort des voyageurs.

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Départ de Léon Gambetta pour Tours à bord du ballon Armand-Barbès, le 7 octobre 1870, à Montmartre, par Jules Didier et Jacques Guiaud, vers 1871. Copyright : Jules Didier et Jacques Guiaud / Paris Musées – Musée Carnavalet, CC0.

L’évasion aérienne de Gambetta frappe immédiatement les contemporains. Peintures, gravures, médailles et illustrations de presse représentent bientôt le ballon s’élevant au-dessus de Montmartre ou suspendu aux arbres après son atterrissage.

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Informations pratiques

Dates et Horaires
Le 7 octobre 2026

× Horaires indicatifs : pour confirmer l'ouverture, contactez l'établissement.

    Lieu

    Pl. Saint-Pierre
    75018 Paris 18

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