Éphéméride du 24 octobre à Paris : Une première empreinte digitale permet d’identifier un meurtrier

Par Manon de Sortiraparis · Mis à jour le 25 septembre 2026 à 19h31
À Paris, une affaire criminelle fait entrer les empreintes digitales dans l’histoire de la police scientifique française le 24 octobre 1902. Alphonse Bertillon identifie Henri-Léon Scheffer en comparant ses empreintes avec des traces découvertes sur la scène d’un meurtre rue du Faubourg-Saint-Honoré.

Quelques lignes dessinées au bout des doigts vont faire basculer une enquête. À la Préfecture de police de Paris, Alphonse Bertillon rédige un rapport établissant que 4 traces relevées dans un appartement du 157 rue du Faubourg-Saint-Honoré correspondent aux empreintes d’un homme déjà fiché, Henri-Léon Scheffer, le 24 octobre 1902. Pour la première fois en France, l’identité d’un assassin absent de la scène de crime est établie par la comparaison entre des traces digitales et une fiche policière. Une avancée décisive pour une technique dont Bertillon lui-même s’était longtemps méfié.

L’affaire commence quelques jours plus tôt dans le très chic 8e arrondissement de Paris. Dans l’appartement et cabinet du dentiste Auguste Alaux, son domestique Joseph Reibel est retrouvé mort. Des objets de valeur ont disparu et plusieurs meubles ont été fracturés, donnant d’abord au crime l’apparence d’un cambriolage qui aurait mal tourné. Le service parisien de l’Identité judiciaire intervient sur place et Bertillon est chargé de photographier les lieux.

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La scène du crime du 157 rue du Faubourg-Saint-Honoré, photographiée par Alphonse Bertillon le 17 octobre 1902. Le domestique Joseph Reibel vient d’y être retrouvé assassiné. Copyright / crédit : Alphonse Bertillon / Service régional d’Identité judiciaire de Paris – domaine public

Un détail retient son attention : la vitre brisée d’un médailler porte plusieurs traces de doigts particulièrement nettes. Leur disposition indique qu’elles ont été laissées après le bris du verre. On distingue notamment les marques du pouce, de l’index, du médius et de l’annulaire d’une même main. Bertillon les photographie puis entreprend de les comparer avec les empreintes déjà conservées par son service.

Et l’exercice est alors beaucoup moins simple qu’aujourd’hui ! Aucun ordinateur ne peut parcourir en quelques secondes des millions de fiches : les recherches se font manuellement dans des collections de cartons où sont consignés mensurations, photographies et caractéristiques physiques des personnes précédemment arrêtées. Parmi elles apparaît la fiche d’un certain Henri-Léon Scheffer, établie le 9 mars 1902 après une arrestation pour vol et abus de confiance.

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Alphonse Bertillon photographié de face et de profil selon son propre système d’identification policière, le 22 août 1900. Copyright / crédit : Alphonse Bertillon, 1900 – domaine public

Les dessins papillaires correspondent ! Bertillon étudie les bifurcations, interruptions et formes particulières des sillons. Dans son rapport daté du 24 octobre, il conclut que les traces photographiées sur la vitre correspondent aux doigts de la main droite de Scheffer. Le rapprochement est suffisamment précis pour fournir aux enquêteurs un élément matériel d’une nature encore nouvelle : ce n’est plus seulement un témoignage ou un signalement qui désigne un suspect, mais une trace laissée par son propre corps.

L’ironie de l’histoire tient au parcours de Bertillon. Né à Paris en 1853, il a bâti sa réputation sur une autre méthode : l’anthropométrie judiciaire, bientôt surnommée "bertillonnage". Le principe consiste à identifier les récidivistes grâce à une combinaison de mensurations du corps, de photographies et de descriptions extrêmement précises. À partir de 1894, les empreintes digitales commencent à apparaître sur les fiches parisiennes, mais Bertillon reste longtemps réservé face à une méthode susceptible de concurrencer son propre système.

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Planche illustrant les techniques de mensuration anthropométrique mises au point par Alphonse Bertillon, extraite de son ouvrage Identification anthropométrique, instructions signalétiques, 1893. Copyright / crédit : Alphonse Bertillon et Émile Duhousset, 1893 – domaine public

La dactyloscopie n’est d’ailleurs pas une invention parisienne. Dès la fin du 19e siècle, Francis Galton, Edward Henry et William Herschel travaillent sur les motifs papillaires en Grande-Bretagne et dans l’Empire britannique. En Argentine, Juan Vucetich développe un système de classement performant et les empreintes permettent déjà d’identifier Francisca Rojas dans une affaire de double meurtre en 1892. Présenter l’affaire Scheffer comme la première identification criminelle par empreintes digitales "au monde" serait donc inexact. Son importance tient à son caractère inédit en France et à son retentissement dans l’histoire de l’Identité judiciaire parisienne.

Scheffer est ensuite retrouvé et arrêté à Marseille ; il reconnaît les faits. Mais l’image d’une empreinte digitale ayant, à elle seule, sorti un nom d’un fichier mérite également d’être nuancée : les travaux historiques indiquent que l’enquête traditionnelle s’intéressait déjà à Scheffer, qui connaissait la victime. L’analyse de Bertillon apporte néanmoins une correspondance matérielle particulièrement forte entre le suspect et la scène du crime !

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Fiche anthropométrique d’Henri-Léon Scheffer établie par le service parisien de l’Identité judiciaire le 9 mars 1902. Ses empreintes digitales permettront quelques mois plus tard de le relier au meurtre de Joseph Reibel. Copyright / crédit : Alphonse Bertillon / Service régional d’Identité judiciaire de Paris – domaine public

L’affaire accélère surtout la transformation des méthodes policières. À Paris, le service de l’Identité judiciaire développe progressivement ses outils destinés à révéler, photographier, conserver et comparer les traces papillaires. En 1909, une section spécialisée dans leur analyse est créée. Et la dactyloscopie finira par supplanter le lourd système anthropométrique auquel Bertillon était si attaché.

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Informations pratiques

Dates et Horaires
Le 24 octobre 2026

× Horaires indicatifs : pour confirmer l'ouverture, contactez l'établissement.

    Lieu

    4 Rue de la Montagne Sainte Geneviève
    75005 Paris 5

    Calcul d'itinéraire

    Site officiel
    www.prefecturedepolice.interieur.gouv.fr

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