Qu'est devenue l'unique lanterne des morts de Paris ? Découvrez l'histoire de ce monument disparu

Par Rizhlaine de Sortiraparis · Mis à jour le 28 mai 2026 à 18h38
Au cœur du quartier des Halles, le cimetière des Innocents abritait autrefois une étrange lumière funéraire. Cette lanterne des morts a disparu avec l’un des cimetières les plus impressionnants de l’ancien Paris.

Au milieu du Paris médiéval, une flamme aurait veillé sur les morts en plein cœur des Halles. Bien avant les pavillons Baltard, le Forum et la Canopée, le quartier abritait le cimetière des Innocents, immense nécropole parisienne où furent enterrés, pendant des siècles, des habitants de nombreuses paroisses de la rive droite. Et dans ce décor aujourd’hui disparu se dressait un élément rare à Paris : une lanterne des morts.

Une lanterne des morts, c’est quoi exactement ?

Une lanterne des morts est un petit monument funéraire, souvent en forme de colonne ou de tour ajourée, dans lequel on pouvait placer une lampe. Sa fonction exacte reste discutée. Elle aurait pu signaler la présence d’un cimetière, accompagner symboliquement les âmes des défunts, ou rappeler la lumière chrétienne face à la mort. On en trouve surtout dans certaines régions du centre-ouest de la France, notamment en Poitou, en Saintonge ou dans le Limousin. À Paris, en revanche, ce type de monument semble avoir été très peu répandu.

C’est ce qui rend celle du cimetière des Innocents si intrigante. Le lieu lui-même avait déjà une réputation bien chargée : utilisé dès le haut Moyen Âge, il devint l’un des plus grands cimetières de Paris. Les premières évacuations des ossements vers les anciennes carrières de la Tombe-Issoire, de 1785 à 1787, concernèrent justement le cimetière des Saints-Innocents, alors considéré comme le plus important de la capitale.

Une lumière au milieu des charniers

Le cimetière des Innocents n’avait rien du petit enclos paisible. Il était entouré de charniers, recevait les morts de nombreuses paroisses, et son sol avait fini par être saturé. On y trouvait aussi une célèbre Danse macabre, peinte en 1424, considérée comme le point de départ de cette tradition iconographique en France.

Dans ce paysage funéraire, la lanterne des morts aurait eu l’allure d’un fanal gothique. Certaines sources anciennes et récits historiques évoquent une flamme vacillante, visible la nuit, au milieu de cet espace où les Parisiens croisaient quotidiennement la mort.

Une légende ironique derrière la tour Notre-Dame des Bois

D’après la légende, ce fanal aurait été construit sur la tombe d’un homme qui, de son vivant, se serait vanté que les chiens ne viendraient jamais souiller sa sépulture. La formule ancienne, assez crue, disait qu’ils ne « pisseroient point sur son sépulcre ».Par orgueil, cet homme aurait défié l’humiliation posthume la plus triviale. Comme souvent dans les récits populaires, la mort se serait chargée de lui répondre avec ironie. Pour protéger sa tombe — ou pour tourner en dérision sa fanfaronnade — on aurait élevé au-dessus d’elle un monument : cette fameuse lanterne des morts. Le pari aurait donc été tenu : aucun chien ne serait venu souiller sa tombe, puisqu’on l’aurait recouverte d’un fanal funéraire. Mais l’histoire a surtout retenu l’orgueil du défunt, transformé en anecdote macabre au cœur du vieux Paris.

Alors, qu’est-elle devenue ?

Cette lanterne des morts, a très probablement disparu lors de la suppression du cimetière des Innocents à la fin du 18e siècle. Après la fermeture du cimetière, les ossements furent transférés vers les Catacombes, officiellement consacrées « ossuaire municipal de Paris » le 7 avril 1786.

Les bâtiments, charniers et monuments du cimetière furent ensuite détruits ou dispersés. Le musée Carnavalet conserve plusieurs dessins réalisés autour de cette période, notamment des vues de monuments des Innocents détruits en 1786, précieux témoignages d’un quartier funéraire effacé par les transformations urbaines.

Aujourd’hui, il ne reste donc pas de lanterne des morts visible aux Halles. Le quartier a changé de visage, la fontaine des Innocents a été déplacée et remaniée, les ossements dorment sous Paris, et la petite lumière funéraire s’est éteinte avec le vieux cimetière.

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Image à la une : Saint Aulaire, A., dessinateur-lithographe Bernier, Claude-Louis (en 1755 - en 1830), dessinateur Lemercier, Bénard et Cie, imprimeur-lithographe Autres titres : Suite de 6 planches présentant le Cimetière des Innocents. (Titre de l'ensemble), Cimetière des innocents ; Eglise des Innocents. / B (Titre de la série) Type(s) d'objet(s): Estampe, Arts graphiques Dénomination(s): Estampe Matériaux et techniques: Lithographie Dimensions - Œuvre: Hauteur : 44.9 cm Largeur : 58.8 cm Dimensions - Montage: Hauteur : 50.8 cm Largeur : 65.3 cm Description: Fixée sur un montage. Institution: Musée Carnavalet, Histoire de Paris IIIF

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