On est parti découvrir la Maison Guimet, et on vous dévoile ce qui se cache derrière la façade discrète de cet hôtel particulier du 16e arrondissement de Paris. Rattaché au musée Guimet, l'ancien hôtel d'Heidelbach rouvre ses portes au public à partir du 23 mai 2026, après plusieurs mois de travaux de rénovation. Rebaptisé Maison Guimet, ce lieu confidentiel de l'avenue d'Iéna a été entièrement repensé par la designer et architecte d'intérieur Constance Guisset. Il dévoile désormais une collection de mobilier d'apparat chinois, un jardin japonais avec son authentique pavillon de thé, et une programmation riche autour des arts du thé et de la littérature asiatique.
Et côté bon plan : le billet à 18 euros donne accès à la visite guidée avec dégustation de thé, mais aussi à l'ensemble des collections et expositions du musée Guimet. À seulement 3 euros de plus que l'entrée seule du musée, autant faire la totale.
Ancienne résidence de deux amateurs d'art, Alfred-Samuel d'Heidelbach et Julie Picard, l'hôtel particulier a rejoint le musée Guimet en 1991. Édifié en 1913, le bâtiment a conservé tous les attributs d'un hôtel particulier parisien de la Belle Époque : moulures au plafond, boiseries d'époque, parquet en point de Hongrie, cheminées en marbre et hautes fenêtres à petits carreaux. C'est dans ce cadre feutré, entre Paris et Pékin, que se déploie l'une des plus belles collections de mobilier d'apparat chinois accessibles au public dans la capitale. Pour repenser ces espaces sans les trahir, le musée Guimet a fait appel à la designer et architecte d'intérieur Constance Guisset, dont le travail figure dans les collections du Centre Pompidou. Son parti pris : intervenir avec légèreté, valoriser l'existant, et laisser les œuvres parler.
Dès l'entrée, le ton est donné. L'escalier en bois sculpté, les lambris patinés par le temps et les moulures finement travaillées rappellent qu'on est bien dans un hôtel particulier du début du XXe siècle. Des banquettes intégrées sous l'escalier, discrètes et bien pensées, invitent déjà à ralentir.
Dans le Salon Monsieur, les boiseries existantes ont été conservées et simplement mises en valeur, pendant que des luminaires contemporains de grande échelle et une table de réunion sur mesure réalisée par Atelier Emmaüs transforment l'atmosphère sans l'alourdir.
C'est au premier étage que les œuvres prennent toute leur ampleur. Les paravents en laque chinoise sont sans doute les pièces les plus saisissantes de la collection. Certains atteignent plusieurs mètres de hauteur et déploient des décors d'une minutie confondante : paysages de montagnes brumeuses, scènes de cour impériale, branches de prunier en fleurs, grues et carpes dorées qui semblent presque animées sous la lumière. Pour les mettre en valeur, Constance Guisset a habillé les murs d'un camaïeu de noirs qui crée un rythme subtil et fait vibrer l'intensité des laques. Une fenêtre en trompe-l'œil, alliant l'ouverture d'origine et du papier washi rétroéclairé, apporte une impression de lumière naturelle particulièrement réussie. On s'y croirait presque.
Les armoires et cabinets d'apparat en laque noire et or, aux ferrures en bronze doré, témoignent d'un savoir-faire impérial d'une grande sophistication. Leurs façades sont ornées de motifs de dragons, de phénix et de nuages en relief, traités avec une précision qui force l'admiration.
Les porcelaines et brûle-parfums en émaux cloisonnés complètent l'ensemble avec leurs couleurs intenses, bleu cobalt, rouge sang de bœuf, vert céladon, qui tranchent avec la sobriété des boiseries environnantes.
Dans les couloirs, autrefois encombrés, des vitrines réaménagées mettent en avant des pièces qu'on aurait presque tendance à passer sans les voir : une broche précieuse en forme d'oiseau aux détails ciselés avec une finesse remarquable, et une collection d'oiseaux en céramique disposés comme s'ils étaient perchés sur des branches, dans une mise en scène à la fois poétique et naturelle. Des meubles miroir modulables habillent désormais les murs, améliorant à la fois la circulation et l'acoustique.
Le salon vert surprend par ses luminaires spectaculaires en papier dont la légèreté contraste avec la densité des collections qui l'entourent.
Enfin, le salon Pelliot ferme le parcours avec élégance : les murs se parent de miroirs pour faire entrer la lumière et agrandir visuellement la pièce, pendant qu'une installation textile aux teintes dégradées, spécialement conçue par Constance Guisset en s'inspirant de la gamme chromatique des œuvres présentes, réchauffe les boiseries historiques. Le dialogue entre le mobilier ancien et les interventions contemporaines fonctionne vraiment bien.
Au rez-de-chaussée, près du jardin, une salle entière est consacrée aux arts du thé, avec une sélection d'objets et de céramiques liés aux rituels de la Chine et du Japon. Bols à thé en grès, théières en terre de Yixing, plateaux en bambou laqué : chaque objet raconte une gestuelle, une école, une époque. Le Pavillon de thé Shang Xia y est présenté dans toute sa sobriété raffinée, entouré de vitrines que des assises mobiles aux teintes pastel, conçues sur mesure, permettent de contempler longuement.
C'est peut-être la plus grande surprise de la visite. En franchissant la porte-fenêtre du rez-de-chaussée, on tombe sur un jardin paysagé d'inspiration japonaise qui semble appartenir à un autre monde. Quelques pas suffisent pour laisser derrière soi le bruit de l'avenue d'Iéna. En 2001, l'hôtel d'Heidelbach a été enrichi d'un authentique pavillon de thé, dessiné par l'architecte Nakamura Masao et construit par des artisans japonais sous l'égide du maître-charpentier Yamamoto Takaaki. La charpente en bois naturel, les cloisons en papier washi, les proportions pensées pour inviter au recueillement : tout ici est conforme aux canons de l'architecture traditionnelle japonaise. Un lieu rare, et probablement unique dans Paris. C'est un lieu unique qui respire la sérénité, ne manquez pas d'en faire le tour.
La visite-découverte permet de parcourir l'ensemble des espaces, des collections de mobilier d'apparat chinois jusqu'au jardin japonais et à son pavillon, pour terminer par une dégustation-initiation à l'art du thé en Asie. Les visites sont proposées les jeudis, samedis et dimanches à 11h, au tarif de 18 euros, réservation obligatoire sur guimet.fr. Ce billet donne également accès à l'ensemble des collections permanentes et expositions temporaires du musée Guimet, place d'Iéna, à seulement 3 euros de plus que l'entrée standard du musée : un bon plan qu'on aurait vraiment tort de manquer. Pour les groupes, des créneaux sont disponibles les jeudis à 14h30 sur demande à resa@guimet.fr.
Au-delà de la visite, la Maison Guimet propose une programmation construite autour de l'art du thé japonais et chinois. Les cérémonies du thé japonaises se tiennent dans le pavillon du jardin, selon les rites des écoles Omotesenke et Urasenke, deux traditions dont les pratiques se distinguent principalement dans la façon de choisir et d'utiliser les ustensiles. Chaque séance d'environ une heure comprend l'accueil par le maître de thé, le partage dans le pavillon, un court documentaire et un échange. L'école Urasenke propose des séances les samedis 30 mai et 13 juin (à 14h, 14h30 et 15h), au tarif de 18 euros, réservation obligatoire sur guimet.fr. Il est conseillé d'apporter des chaussettes blanches et de porter des vêtements amples pour s'asseoir confortablement à genoux ou en tailleur.
Les séances d'art chinois du thé (gong fu cha, soit "prendre le temps pour le thé") sont conduites par Xin Zhao, experte en thé et co-fondatrice de Goutte de Thé, avec des thés wulong ou pu-er issus de producteurs du Yunnan, du Guangdong ou du Fujian. Ces séances se pratiquent assis à table et se tiennent les dimanches 31 mai, 21 juin, 28 juin, 5 et 12 juillet, ainsi que les samedis 4 et 11 juillet (à 15h et 16h), également à 18 euros. Il est conseillé de ne pas porter de parfum afin de préserver la perception olfactive du thé.
Mais on vous prévient pour éviter les frustrations, il y a très peu de places et peu de sessions et ils partent à la seconde.
Enfin, le cycle "Les routes littéraires du thé", en partenariat avec Le Thé des écrivains, propose chaque dernier vendredi du mois une rencontre autour d'un ouvrage lié à l'Asie, ponctuée de lectures par un comédien du Cours Florent et d'une dégustation. Par exemple, ce vendredi 29 mai, Pierre Cambon, ancien conservateur général du département d'art coréen au musée Guimet, présente Le secret du maître de thé de Kenichi Yamamoto, roman historique lauréat du Prix Naoki 2009, aux intrigues de palais et présences coréennes surprenantes. Le vendredi 26 juin, c'est Éloge de l'ombre de Junichiro Tanizaki, publié en 1933, qui est à l'honneur, présenté par l'écrivaine et traductrice Ryoko Sekiguchi dans l'édition parue aux éditions Picquier sous le titre Louange de l'ombre. Toutes les séances sont à 18 euros, réservation sur guimet.fr.
Notre avis : La Maison Guimet, c'est le genre d'adresse qu'on a envie de garder pour soi avant de se raviser et d'en parler à tout le monde. Entre la splendeur des espaces et colonnades, des escaliers et paravents en laque, la richesse des collections impériales chinoises nichées dans un hôtel particulier Belle Époque et la sérénité inattendue du seul jardin japonais dans Paris intra-muros, le lieu invite à un dépaysement complet sans quitter Paris. La nouvelle scénographie de Constance Guisset sert les œuvres avec discrétion et intelligence, sans jamais chercher à leur voler la vedette.
À qui s'adresse cette visite ? Aux amateurs d'Asie et de patrimoine, bien sûr, mais aussi à ceux qui aiment les lieux chargés d'histoire et les belles choses prises au sérieux. À noter que le lieu n'est pas accessible aux personnes à mobilité réduite.
Pour prolonger la balade dans le 16e, le musée Guimet est à deux pas place d'Iéna, et le Palais de Chaillot n'est qu'à quelques minutes à pied.
Ce test a été réalisé dans le cadre d’une invitation professionnelle. Si votre expérience diffère de la nôtre, merci de le signaler.
Dates et Horaires
Prochains jours
Jeudi :
fermé
Samedi :
ouvert
Dimanche :
ouvert
Lieu
Maison - Guimet - Hôtel Heidelbach
19 Avenue d'Iéna
75116 Paris 16
Accès
métro ligne 9 station Iena ou Trocadero, ligne 6 station Trocadero ou Boissière
Site officiel
www.guimet.fr







































































































