Un chat multicolore et un oiseau scintillant au beau milieu des tombes… voilà qui ne manque pas de surprendre ! Au cimetière du Montparnasse, dans le 14e arrondissement de Paris, deux sépultures insolites se distinguent des traditionnels monuments de pierre. L'une est surmontée d'un gros matou couvert de fleurs et de cœurs, tandis que l'autre accueille un étrange oiseau aux ailes déployées, recouvert de miroirs. Deux créations que l'on doit à Niki de Saint Phalle (1930-2002), célèbre pour ses sculptures exubérantes et colorées. Mais derrière ces œuvres étonnantes se cachent deux histoires d'amitié particulièrement émouvantes…
Pour découvrir la première de ces curiosités, direction la 6e division du cimetière du Montparnasse. Ici, impossible de manquer cet imposant chat d'environ 1,50 mètre de haut ! Avec son corps couvert de mosaïques colorées, ses fleurs, ses cœurs et sa longue queue rayée, il semble tout droit sorti d'un conte pour enfants.
Mais que fait cet animal sur une sépulture ? Pour le comprendre, il faut remonter aux années 1980 et faire la connaissance de Ricardo Menon, un proche collaborateur de Niki de Saint Phalle. Pendant une dizaine d'années, Ricardo accompagne l'artiste dans ses projets, notamment dans la création de son extraordinaire Jardin des Tarots, en Toscane. Leur relation dépasse rapidement le simple cadre professionnel et se transforme en une profonde amitié.
Malheureusement, Ricardo tombe gravement malade. Atteint du sida, il meurt en 1989. Selon la fondation Niki Charitable Art Foundation, l'artiste trouvait à son ami des airs de chat : fier, mystérieux et séduisant. Alors qu'il était hospitalisé, elle lui aurait promis de réaliser une sculpture féline pour orner sa tombe. Une promesse qu'elle a bel et bien tenue !
Sur la sépulture, une inscription rappelle combien Ricardo était aimé et combien sa disparition fut prématurée. Sous ses airs joyeux, ce drôle de matou est donc avant tout une formidable déclaration d'amitié.
Quelques allées plus loin, dans la 18e division, une seconde œuvre de Niki de Saint Phalle semble prête à prendre son envol. Cette fois, fini les couleurs éclatantes ! Place à un grand oiseau fantastique dont le corps métallique se prolonge par des ailes recouvertes de miroirs.
Une sculpture à l'allure presque surnaturelle, qui capte les reflets du ciel et de la lumière. Elle rend hommage à Jean-Jacques Goetzman, un autre ami de l'artiste, lui aussi emporté par le sida en 1992. Pour célébrer sa mémoire, Niki de Saint Phalle imagine cet Oiseau pour Jean-Jacques, réalisé en 1998. Sa structure intègre notamment des éléments métalliques récupérés dans les réserves de son compagnon et collaborateur, le sculpteur Jean Tinguely.
L'œuvre possède également une dimension symbolique : le métal sombre et anguleux évoque la souffrance, tandis que les ailes recouvertes de miroirs suggèrent une forme de libération. Sur la tombe, quelques mots suffisent à donner toute sa force à cet hommage :
« À mon ami Jean-Jacques, un oiseau qui s'est envolé trop tôt. »
Si ces deux sculptures paraissent si singulières au milieu des tombes, c'est aussi parce qu'elles portent la signature artistique immédiatement reconnaissable de leur créatrice. Figure majeure du Nouveau Réalisme, mouvement artistique apparu en France en 1960, Niki de Saint Phalle s'est notamment fait connaître grâce à ses célèbres Nanas, d'immenses silhouettes féminines aux formes généreuses et aux couleurs éclatantes.
L'artiste aime les animaux fantastiques, les mosaïques, les motifs naïfs et les matériaux inattendus. Un univers où l'imaginaire, la fantaisie et l'émotion occupent une place essentielle. Mais derrière cette apparente légèreté se cache également une femme profondément engagée.
Touchée par la disparition de plusieurs de ses proches, Niki de Saint Phalle s'est notamment mobilisée dans la lutte contre le sida. Dès 1986, elle publie un ouvrage de sensibilisation intitulé AIDS: You Can't Catch It Holding Hands, avant de participer à des campagnes de prévention. Ses sculptures funéraires s'inscrivent ainsi dans une démarche aussi personnelle qu'engagée.
Pour admirer ces étonnantes créations, rendez-vous au cimetière du Montparnasse, dont l'entrée principale se situe au 3, boulevard Edgar-Quinet, dans le 14e arrondissement de Paris.
Le Chat de Ricardo vous attend dans la 6e division, tandis que L'Oiseau pour Jean-Jacques se trouve dans la 18e division.
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Lieu
Cimetière du Montparnasse
3, boulevard Edgar Quinet
75014 Paris 14
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