Le Lutetia, un siècle d’histoire entre luxe, art et résistance

Par Manon de Sortiraparis · Photos par My de Sortiraparis · Mis à jour le 3 décembre 2025 à 10h26
Parmi les grandes adresses de la Rive Gauche, l’Hôtel Lutetia (désormais Mandarin Oriental Lutetia) se distingue par sa riche histoire. De ses débuts en 1910 à sa rénovation spectaculaire, en passant par ses heures sombres durant la guerre, ce palace raconte à lui seul l’histoire de Paris.

Le Lutetia incarne depuis plus d’un siècle l’esprit artistique, littéraire et sophistiqué de Saint‑Germain‑des‑Prés. Conçu dès 1910 à l’initiative de la famille Boucicaut, fondatrice du grand magasin Le Bon Marché, le bâtiment se veut d’emblée un écrin de luxe pour accueillir des clients de province et d'outre-Atlantique en quête d’une adresse prestigieuse sur la Rive Gauche.

Les architectes Louis‑Charles Boileau et Henri Tauzin signent un style oscillant entre Art nouveau et prémices de l’Art déco, avec une façade sculptée, des fenêtres arquées, des verrières, de somptueux salons et des fresques picturales. Durant l’entre‑deux‑guerres, le Lutetia s’impose comme l’un des lieux de résidence des intellectuels : James Joyce y écrit une partie d'Ulysses, André Gide y fréquente des salons littéraires, Samuel Beckett y loge, Sartre et Malraux se croisent dans ses couloirs.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le Lutetia est réquisitionné par les forces allemandes, puis sert en 1945 de centre de rapatriement pour les survivants des camps, accueillant plusieurs milliers de déportés. Au fil des décennies, l’hôtel change de mains - la famille Taittinger le possède longtemps, avant qu'une rénovation d’envergure ne soit confiée à Jean‑Michel Wilmotte.

Rouvrant en juillet 2018 avec seulement 184 chambres - contre plus de 230 auparavant, il dévoile dès lors un spa, des restaurants, un bar Joséphine, ainsi que des suites signature, des fresques redécouvertes et un décor originel restauré.

Une réponse au luxe, sur la Rive Gauche

La création du Lutetia s’inscrit dans une logique commerciale et culturelle. La famille Boucicaut, à travers Le Bon Marché, cherche à offrir aux clients aisés venant faire leurs achats à Paris une adresse de standing à proximité. Dès 1910, l’hôtel est pensé comme un pivot du luxe sur la Rive Gauche, avec salons feutrés, grandes verrières et mobilier raffiné.

On y installe tôt un bar Art déco avec une fresque champêtre signée Adrien Karbowsky. L’architecture combine volumes généreux, frontons sculptés, ferronnerie soignée et matériaux nobles, tout en tirant vers un modernisme discret. Le Lutetia se veut un lien entre tradition et avant-garde.

Un carrefour d'écrivains et d'exilés, l’âge d’or intellectuel

Dans les années 1920 et 1930, le Lutetia devient un foyer littéraire et cosmopolite. James Joyce, qui séjourne à Paris, y travaille sur Ulysses. André Gide, souvent invité dans les salons littéraires, y organise des dîners avec Cocteau et Proust. Samuel Beckett, Antoine de Saint‑Exupéry et Klaus Mann figurent parmi les résidents littéraires réguliers. On raconte même que Charles de Gaulle y aurait passé sa nuit de noces.

Le Lutetia accueille aussi des artistes et musiciens étrangers, véritable ambassade culturelle sur la Rive Gauche. Par son atmosphère élégante et sa proximité avec les cafés, les librairies et les maisons d’édition, l’hôtel devient partie prenante de l’écosystème intellectuel parisien, contribuant à l'esprit germanopratin du quartier.

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L’épreuve de l’Occupation et la mission de retour des déportés

Quand la guerre éclate, le Lutetia comme beaucoup d’hôtels de luxe, est réquisitionné. L’immeuble sert notamment de QG allemand, et l’hôtel est placé sous contrôle militaire. À la Libération, le gouvernement provisoire transforme le Lutetia en centre d’accueil pour les survivants des camps nazis : environ 18 000 déportés y transitent, dans une effusion d’émotions et de retrouvailles, l’hôtel étant alors surnommé le "palace pour revenants".

Le général de Gaulle ordonne l’aide logistique, l’organisation médicale et l’assistance à toute heure. Cette mission humanitaire imprime au Lutetia une dimension symbolique forte, au‑delà de son statut hôtelier.

Rénovation et découverte de trésors oubliés

Après-guerre, l’hôtel passe entre les mains de divers propriétaires et intègre le groupe Taittinger dès 1955 ; des rénovations ponctuelles s’enchaînent. Dans les années 1980, la créatrice Sonia Rykiel ouvre une boutique dans l’hôtel et supervise une remise à jour des décors intérieurs inspirés de l’Art déco. En 2010, le groupe hôtelier Alrov acquiert l’établissement et engage une restauration complète en 2014.  

L’architecte Jean‑Michel Wilmotte pilote la réouverture qui voit le nombre de chambres réduit à 184, dont 47 suites, afin d'offrir des espaces plus généreux. La rénovation révèle des fresques originales oubliées sous des couches anciennes et permet la restauration d'éléments décoratifs d’époque. Un spa est créé, des restaurants refondus : La Brasserie Lutetia, le Salon Saint-Germain, l’Orangerie et le bar Joséphine qui rend hommage à Josephine Baker, tous conçus pour marier tradition parisienne et luxe contemporain. Enfin en 2025, l’hôtel devient officiellement Mandarin Oriental Lutetia, signe d’un nouveau chapitre dans sa longue vie hôtelière.

L’esthétique du Lutetia repose sur un mélange élégant de styles : la façade témoigne d’un métissage entre Art nouveau et influences Art déco ; les balcons, les bow-windows et les motifs floraux évoquent les mouvements artistiques du début du 20ᵉ siècle ; l’intérieur combine marbres, laques, ferronneries fines et matériaux haut de gamme. Le spa dispose de sept salles de soin, d'une piscine, d'un hammam et de soins holistiques, tandis que les suites signatures offrent des vues sur Saint-Germain-des-Prés.

Entre glamour artistique et drames historiques, le Lutetia est un monument vivant de l’histoire parisienne.

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Informations pratiques

Dates et Horaires
Prochains jours
Mercredi : de 0h à 23h59
Jeudi : de 0h à 23h59
Vendredi : de 0h à 23h59
Samedi : de 0h à 23h59
Dimanche : de 0h à 23h59
Lundi : de 0h à 23h59
Mardi : de 0h à 23h59

× Horaires indicatifs : pour confirmer l'ouverture, contactez l'établissement.

    Lieu

    45 Boulevard Raspail
    75006 Paris 6

    Calcul d'itinéraire

    Infos d’accessibilité

    Site officiel
    www.mandarinoriental.com

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