Qui se doute que l’un des symboles de New York est né à Paris, dans le 17e arrondissement ? La Statue de la Liberté, inaugurée à New York en octobre 1886 sous le nom de La Liberté éclairant le Monde (Liberty Enlightening the World en anglais), a pourtant vu le jour bien loin des côtes américaines. Ce monument emblématique, conçu par le sculpteur français Auguste Bartholdi, a d’abord été érigé dans un quartier du 17e arrondissement de Paris, au 25 rue de Chazelles, avant de rejoindre Liberty Island. Derrière cette œuvre, se cache une histoire méconnue, ancrée dans la capitale française, entre diplomatie, artisanat d’art et prouesse industrielle.
C’est en 1866 que le projet naît, porté par Édouard de Laboulaye, juriste et homme politique français, qui souhaite offrir aux États-Unis un monument célébrant l’amitié franco-américaine et leur indépendance acquise en 1776. Il confie alors la mission à un jeune sculpteur alsacien, Frédéric Auguste Bartholdi. Mais le projet est mis en pause, la guerre franco-prussienne éclate en 1870, et l’Alsace est perdue. Il faudra attendre 1873 et l’impulsion du président Adolphe Thiers pour relancer la statue.
Le chantier s’installe dans le quartier de la Plaine-Monceau, sur un terrain appartenant à la maison Gaget-Gauthier et Cie. C’est là que Bartholdi assemble progressivement son colosse de cuivre, en collaboration avec l’architecte Eugène Viollet-le-Duc, puis, après la mort de ce dernier, avec Gustave Eiffel, qui imagine une armature métallique interne indépendante du revêtement. La technique choisie, celle du repoussé, consiste à modeler des feuilles de cuivre à froid, sur des moules en bois.
Au fil des mois, la statue prend forme, suscitant la curiosité des Parisiens. Dans les années 1880, elle dépasse les toits du quartier, devenant brièvement le plus haut monument de Paris. Des visites payantes sont organisées dans l’atelier, et la presse relaie cet étrange chantier qui intrigue autant qu’il fascine.
En juillet 1884, la Statue de la Liberté est achevée. Elle est ensuite démontée en 350 pièces, transportée jusqu’à la gare Saint-Lazare, puis au port du Havre via Rouen, avant de traverser l’Atlantique. Elle arrive à destination en juin 1885, et est réassemblée sur son piédestal à Liberty Island. Elle est inaugurée le 28 octobre 1886 par Bartholdi lui-même, qui dévoile la statue en retirant le voile qui en masquait le visage.
La statue, haute de 46 mètres (93 mètres avec son socle), accueille dans les décennies suivantes des millions d’immigrants et, désormais, des touristes. Elle reste l’un des symboles les plus puissants de la ville de New York et des idéaux de liberté.
Trois répliques de la Statue de la Liberté sont visibles à Paris. La plus imposante, haute de 11,5 mètres, se trouve sur l'île aux Cygnes depuis 1889. Elle fut offerte aux Parisiens par des Français établis aux États-Unis. Initialement orientée vers l’Élysée, elle fut tournée vers l’ouest en 1937, pour faire face à l’Amérique, conformément au souhait de Bartholdi.
Une seconde réplique, donnée par Bartholdi lui-même en 1900, se trouve aujourd’hui au Musée d’Orsay. Elle remplaçait une première copie qui avait été installée dans le Jardin du Luxembourg. Une troisième version, copie de cette dernière, est de nouveau visible dans ce même jardin depuis 2012.
Aujourd’hui, peu de passants se doutent que l’une des statues les plus connues au monde a été érigée à quelques pas du parc Monceau. Une plaque commémorative discrète et un panneau « Histoire de Paris » rappellent que le 25 rue de Chazelles fut un jour le théâtre d’un chantier hors normes. Une peinture de Dragaud conservée au musée Carnavalet en témoigne également.
Enfin, une anecdote subsiste autour de ce chantier. Le fondeur Gaget, à l’origine de la maison Gaget-Gauthier, aurait exporté aux États-Unis des miniatures de la statue. Son nom gravé sur les socles, mal prononcé par les Américains, aurait inspiré le mot… « gadget ». Une invention linguistique qui fait partie des nombreuses traces laissées par cette histoire méconnue du patrimoine parisien.
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