Pourquoi voit-on des fenêtres murées dans Paris ? L'histoire d'une taxe qui ne manque pas d'air

Par Rizhlaine de Sortiraparis · Mis à jour le 4 août 2025 à 16h58
On passe parfois devant sans les voir... mais une fois qu'on les aperçoit, la curiosité nous prend. Des fenêtres emmurées, sur des bâtiments anciens. S'il n'est pas rare de voir des fenêtres condamnées dans les lieux sujets aux squats, dans le cas présent, la raison est toute autre. À l'origine de ces fausses fenêtres se trouve un étonnant impôt sur... l'air. On vous raconte cette époque où le fait de respirer pouvait être sujet à taxes.

À Paris, les célèbres fenêtres murées ne sont pas un mystère architectural, mais le fruit d'un stratagème fiscal né d’une ancienne taxe sur les fenêtres instaurée en 1798. Une anecdote insolite qui nous raconte un temps où respirer devenait presqu’un luxe… et où l’impôt s’invitait jusque dans vos rideaux.

C'est l'histoire de l’absurde impôt sur les portes et fenêtres ! Après la Révolution, en 1798, le Directoire met en place une contribution sur les ouvertures – portes et fenêtres – donnant sur l’extérieur. L’idée était simple : plus on a d’ouvertures, plus on est censé avoir les moyens de payer. Ainsi chaque ouverture visible sur l’extérieur était taxée.

Plus vous aviez de fenêtres, plus vous payiez. Une vraie invitation à vivre dans le noir. Les Parisiens, jamais à court d’astuces, ne se sont pas laissés aveugler. Moins d’ouvertures, moins d’impôts. Logique implacable. Vite, on bouche, on mure, on camoufle. Certains optent pour la méthode rustique : un bon vieux murage à la truelle. D’autres, plus subtils, préfèrent le trompe-l’œil, en peignant de fausses fenêtres pour garder l’harmonie des façades. Le fisc n’y voit que du feu – et vous, un faux balcon.

Et voilà comment Paris s’est retrouvée avec des façades pleines de fausses fenêtres, aussi appelées « fenêtres fiscales ». Certaines sont peintes en trompe-l’œil, d’autres sont de simples ouvertures condamnées à jamais. L’idée n’était pas que de faire des économies : il fallait aussi sauver la symétrie des façades haussmanniennes, si chère aux architectes. On ne voulait pas d’une façade bancale, même si on était fâché avec le percepteur.

Les amateurs de vieilles pierres en prenaient pour leur grade : les fenêtres à meneaux, divisées en plusieurs sections, comptaient pour quatre ouvertures ! Le verdict était clair : un style architectural pouvait vous coûter un bras et deux yeux.

Évidemment, tout cela a ses effets secondaires : A force de cacher la lumière, on finit par gâcher la santé. Moins de fenêtres, c’est moins d’air, moins d’hygiène, et plus de maladies. Dès le XIXe siècle, les médecins s’en mêlent, dénonçant une taxe aussi obscure que ses conséquences. Il faudra attendre 1926 pour qu’elle soit enfin abolie. Ouf, on pouvait enfin ouvrir les fenêtres sans avoir le fisc au balcon.

Et non, Paris ne faisait pas cavalier seul dans ce théâtre d’ombres. Toute la France y avait droit, de la plus modeste maison de campagne au plus noble hôtel particulier. Et cette brillante idée n’était pas uniquement française : en Grande-Bretagne, la fameuse « window tax » fut instaurée en 1696 et supprimée en 1851, laissant elle aussi derrière elle des façades aveugles. La Belgique, les Pays-Bas,ou encore  l’Espagne ont aussi succombé à la tentation de taxer la lumière. À croire qu’à l’époque, voir clair était un privilège… fiscal.

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