À la confluence de la Seine et de l’Oise, dans les Yvelines, dans un paysage intimement lié au fleuve, la Bourse d’affrètement attire l’attention par sa silhouette moderniste construite au bord de l’eau. Ce bâtiment emblématique de l’histoire fluviale locale est aujourd’hui labellisé Patrimoine d’intérêt régional, une reconnaissance qui souligne à la fois sa valeur architecturale et sa mémoire batelière. Mais quelle est l’histoire de ce lieu si particulier ?
Son nom renvoie à sa fonction d’origine : une bourse d’affrètement était le lieu où les bateliers venaient prendre connaissance des offres de transport et se voir attribuer un fret selon le système du tour de rôle obligatoire. Une première bourse provisoire avait existé auparavant, mais le bâtiment actuel est réalisé en 1959 pour répondre à l’essor du trafic fluvial. L’Office national de Navigation en confie alors la conception aux architectes Xavier et Luc Arsène-Henry, figures du Mouvement moderne, dans un site choisi pour sa portée à la fois pratique et symbolique.
Ce bâtiment labellisé Patrimoine d’intérêt régional se distingue justement par cette double singularité. D’un côté, il raconte l’organisation concrète de la batellerie sur la Seine et l’Oise ; de l’autre, il constitue un exemple marquant d’architecture moderne liée au monde fluvial. Implanté sur un terrain inondable, il repose sur pilotis, selon des principes hérités de l’architecture nouvelle défendue par Le Corbusier. Sa grande salle de bourse, éclairée à l’est et protégée par des brise-soleils, ainsi que l’emploi soigné d’un béton brut teinté dans la masse, participent à son intérêt patrimonial. Pendant près de 40 ans, les bateliers de la circonscription de Conflans, qui couvrait 155 kilomètres sur la Seine et l’Oise, s’y sont retrouvés trois fois par semaine pour choisir leurs transports à partir d’un grand tableau d’affichage.
La Bourse d’affrètement s’inscrit ainsi dans l’histoire de Conflans-Sainte-Honorine comme "capitale de la batellerie", tout en illustrant une modernité architecturale des années 1950. L’activité d’affrètement y a cessé en 2000, avant qu’un important projet de réhabilitation ne soit mené entre 2022 et 2024. Inauguré le 22 novembre 2024, l’édifice accueille désormais le siège de l’Unité territoriale Boucles de la Seine de Voies navigables de France, et doit aussi recevoir à l’horizon 2026 un poste de commande centralisé pour plusieurs écluses.















