Le nom de Saint-Quentin-en-Yvelines cache une histoire que peu de Franciliens soupçonnent. Cette agglomération des Yvelines, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Paris, tient son nom d'une petite chapelle médiévale aujourd'hui disparue, dédiée à saint Quentin, un martyr romain du IIIᵉ siècle dont les reliques auraient reposé à l'emplacement de l'actuelle île de loisirs de Saint-Quentin-en-Yvelines. De la Gaule romaine à la ville nouvelle des années 1970, le fil est direct, même si la chapelle, elle, a été démolie en 1780.
Quentin aurait été le fils du sénateur Zénon. Il serait parti de Rome en Gaule-Belgique avec douze compagnons, dont Lucien, futur martyr près de Beauvais. Il se serait rendu à Amiens pour y prêcher l'Évangile, où sa renommée aurait attiré l'attention du vicaire du préfet romain Rictiovarus. Arrêté, torturé, il refuse d'abjurer. Le préfet décide alors de l'envoyer à Reims pour l'y faire juger. Mais parvenu dans une ville appelée Augusta Viromanduorum (devenue Saint-Quentin dans l'Aisne), Quentin s'échappe et recommence à prêcher. Rictiovarus décide alors d'en finir : Quentin est torturé de nouveau, puis décapité. Son corps est jeté par les soldats romains dans les marais qui entourent la Somme. Il aurait été martyrisé sous le règne des empereurs romains Dioclétien et Maximien en 287. Il est reconnu saint par l'Église catholique et fêté le 31 octobre.
La suite ressemble à une légende médiévale. Une riche aveugle venue de Rome, Eusébie, guidée par un songe, retrouve la dépouille du martyr. Le corps et la tête, miraculeusement intacts, ressurgissent des eaux. Lors du transfert du corps, les bœufs s'arrêtent en haut d'une colline ; Eusébie interprète ce signe comme une volonté supérieure, fait enterrer Quentin à cet endroit, construit une chapelle et recouvre la vue. C'est de cette chapelle picarde que naîtra plus tard la grande basilique de Saint-Quentin, dans l'Aisne.
La question mérite d'être posée. On sait que le culte de saint Quentin s'est diffusé très tôt en Gaule du Nord, et que des reliques ont circulé. Les reliques de saint Quentin auraient été détenues dans une chapelle attenante à une mare, à l'emplacement de l'actuel étang de Saint-Quentin. C'est cette chapelle, bien réelle, qui a donné son nom au territoire. Et c'est ce même territoire, peu urbanisé, que les urbanistes français choisissent dans les années 1960 pour y implanter une ville nouvelle.
L'étang de Saint-Quentin a été conçu par Vauban au XVIIᵉ siècle pour alimenter en eau les fontaines du château de Versailles, tout proche. En 1677, grâce à l'abbé Picard et sa lunette topographique, l'étang de Trappes est créé. Vauban fait drainer, en 1684-1685, tout le plateau en pente douce jusqu'à Rambouillet, avec une dizaine d'étangs, 70 km de rigoles et une rivière royale de 34 km acheminant les eaux à Versailles. L'étang, initialement appelé étang de Trappes, prend ensuite le nom de l'ancienne chapelle voisine. C'est la plus grande étendue d'eau d'Île-de-France, avec environ 150 hectares.
Quand l'État décide, dans les années 1965-1970, d'y bâtir une ville nouvelle, le nom s'impose naturellement. Ce ne sont pas moins de 12 communes qui constituent Saint-Quentin-en-Yvelines, de Coignières à Voisins-le-Bretonneux. L'agglomération a depuis obtenu le label Ville et Pays d'art et d'histoire, et son musée de la ville à Montigny-le-Bretonneux retrace cette aventure urbaine et patrimoniale.
La petite chapelle n'a pas survécu : elle a été démolie en 1780. À sa place se trouve aujourd'hui l'île de loisirs de Saint-Quentin-en-Yvelines, le plus grand espace éducatif sport nature d'Île-de-France avec ses 600 hectares. Voile, canoë-kayak, accrobranche, ferme pédagogique, réserve naturelle nationale classée Natura 2000… on est loin de la modeste chapelle médiévale, mais le nom est resté. En 2026, un projet de transformation ambitieux de 51,8 millions d'euros porté par la région Île-de-France est en cours pour en faire une destination nature de référence pour tout l'ouest francilien.
Pour les plus curieux, tout autour de l'étang, des bornes royales en grès plantées au début du XVIIIᵉ siècle portent encore des fleurs de lys et des couronnes royales taillées en relief. Certaines ont été martelées par les révolutionnaires. Il en resterait environ 200 sur le millier d'origine, petits témoins silencieux d'un réseau hydraulique royal aujourd'hui reconverti en paradis de plein air.
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