Éphéméride du 24 août à Paris : Le massacre de la Saint-Barthélémy

Par Manon C. · Mis à jour le 25 août 2021 à 16h27 · Publié le 23 août 2021 à 18h49
Le 24 août 1572, 4000 huguenots sont sauvagement assassinés à Paris au cours du massacre de la Saint-Barthélémy ; point d'orgue des guerres de Religion entre catholiques et protestants.

Le jeudi 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, des milliers de protestants sont massacrés dans les rues de Paris. Point d'orgue du fanatisme dévot et des guerres de Religion entre catholiques et protestants qui émaillent l'histoire de France depuis une décennie, le massacre de la Saint-Barthélémy conduit à l'exécution violente de 4000 huguenots à Paris, avant de s'étendre dans une quinzaine d'autres villes du royaume de France.

Pourtant, les tensions semblaient s'être apaisées entre les deux Eglises, du moins en théorie. Après deux premières guerres de Religion sanglantes, l'édit de paix de Saint-Germain-en-Laye signé par le roi Charles IX et l’amiral Gaspard de Coligny, chef des protestants, vient mettre un terme à la troisième guerre religieuse, le 8 août 1570. Mais le traité, qui accorde de nouvelles garanties de sécurité aux huguenots, suscite la colère des ultra-catholiques, menés par les frères de Guise, qui le considèrent comme trop favorable aux protestants.

Aussi, pour consolider les liens entre les deux clergés et sceller cette fragile réconciliation, la régente Catherine de Médicis promet-elle sa fille, Marguerite de Valois, au chef des protestants, Henri de Navarre. Le mariage de la reine Margot et d'Henri IV est officié le 18 août 1572 à la cathédrale Notre-Dame de Paris, quelques jours seulement avant le massacre de la Saint-Barthélémy. Que s'est-il passé entre le 18 et le 24 août 1572 pour que la situation dégénère ? 

La Nuit de la Saint Barthélémy, anonyme, Musée Carnavalet La Nuit de la Saint Barthélémy, anonyme, Musée Carnavalet La Nuit de la Saint Barthélémy, anonyme, Musée Carnavalet La Nuit de la Saint Barthélémy, anonyme, Musée Carnavalet

Dans un contexte de crise de subsistance et de mauvaise conjoncture économique, le peuple parisien vit mal les fastes et luxueuses festivités des nouveaux époux et des élites invitées à y participer - catholiques et protestants ayant été conviés conjointement aux banquets et aux fêtes

Par ailleurs, au matin du 22 août, l’amiral Gaspard de Coligny, conseiller du roi Charles IX converti au protestantisme, est victime d'une tentative d'assassinat. Il est touché de deux coups d'arquebuse par un capitaine gascon, de Maurevert, à sa sortie du Louvre où il participait au Conseil du roi ayant trait à la future guerre des Flandres envisagée pour soutenir les insurgés contre Philippe II d’Espagne.

Le chef de la faction protestante en est certain, une guerre contre l'Espagne est le meilleur moyen de réconcilier catholiques et protestants face à un adversaire commun, mais le duc de Guise, chef de la faction catholique avec le duc d'Anjou et probable commanditaire de cette tentative d'assassinat, y est furieusement opposé. 

L'homicide échoue, de Coligny n'est que blessé, mais l'évènement ravive les tensions entre les deux clergés. Le roi Charles IX, en colère, se rend au chevet de son conseiller qui l'implore de ne pas chercher à le venger, mais les commandants protestants réclament déjà justice. Au Palais du LouvreCatherine de Médicis doit faire face à la colère des dirigeants catholiques qui estiment que la monarchie est trop indulgente et permissive avec les huguenots.

La Nuit de la Saint Barthélémy, Luyken ou Luiken ou Luijken, Jan ou JohannesLa Nuit de la Saint Barthélémy, Luyken ou Luiken ou Luijken, Jan ou JohannesLa Nuit de la Saint Barthélémy, Luyken ou Luiken ou Luijken, Jan ou JohannesLa Nuit de la Saint Barthélémy, Luyken ou Luiken ou Luijken, Jan ou Johannes

Craignant une rébellion des réformés menée par la figure dominante de de Coligny et afin de sauver la monarchie, la reine-mère réunit un Conseil royal, dans la nuit du 23 au 24 août 1572, au cours duquel elle décide, en compagnie de l'entourage catholique du roi, de faire éliminer l’amiral de Coligny et d'autres chefs protestants - la plupart d'entre-eux étant présents en ville pour assister aux festivités du mariage. Une liste de huguenots est dressée. 

Selon les hypothèses, Charles IX aurait tantôt subi la décision du Conseil et capitulé face aux pressions exercées par le parti catholique pro-espagnol, tantôt lui-même ordonné ces assassinats afin d'endiguer une possible conspiration des huguenots. Le 24 août 1572, la cloche de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois sonne le tocsin et donne le signal du massacre de la Saint-Barthélémy.

L'amiral de Coligny est sauvagement assassiné dans son lit par un mercenaire, Charles Danowitz. Défenestré, le cadavre est livré au peuple, émasculé, jeté dans la Seine, repêché afin d'être trainé dans les rues de la capitale puis pendu par les pieds au gibet de Montfaucon. Ses principaux lieutenants, La Rochefoucauld, Téligny, Nompar de Caumont, Soubise, ainsi que près de 200 nobles huguenots, logés au Louvre et dans les rues adjacentes, sont tués par les gardes et les miliciens catholiques qui arborent une croix blanche au chapeau et une écharpe blanche en guise de signes distinctifs. 

Un matin devant la porte du Louvre, Édouard Debat-PonsanUn matin devant la porte du Louvre, Édouard Debat-PonsanUn matin devant la porte du Louvre, Édouard Debat-PonsanUn matin devant la porte du Louvre, Édouard Debat-Ponsan

Mais le peuple parisien, qui pense agir en accord avec Charles IX, fait preuve d'un fanatisme aveugle et profite des exactions lancées par le souverain pour assouvir sa soif anti-huguenots. Durant trois jours, les protestants sont traqués dans toute la ville, les rues baignent dans leur sang. Hommes, femmes et enfants sont massacrés sans distinction et dans d'atroces conditions, leurs biens sont pillés. La violence est extrême et échappe au contrôle royal. Bien que protestants, Henri de Navarre et le prince de Condé sont épargnés du fait de leur sang royal, à condition de se convertir au catholicisme

A la mi-journée, Charles IX ordonne l'arrêt du massacre, mais le souverain a du mal à se faire entendre et le conflit s'étend dans une quinzaine de villes de province, contre l'avis du monarque. A La Charité-sur-Loire, Meaux, Bourges, Orléans, Angers, Saumur, Lyon, Troyes, Rouen, Bordeaux, Toulouse, Castres, Gaillac ou encore Albi, des Saint-Barthélemy locales sont organisées de la mi-août à la mi-septembre 1572, provoquant la mort de plus de 10 000 protestants dans le royaume. Face à la pression des catholiques, l'édit de pacification de Saint-Germain-en-Laye est aboli ; c'est le début de la quatrième guerre de Religion

Pour aller plus loin, direction le 1er arrondissement, à la découverte de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois à deux pas du Louvre, d'où résonna le tocsin dans la nuit du 23 au 24 août 1572. C'est l'une des plus anciennes églises de Paris et l'un des plus grands monuments gothiques de la capitale. 

Informations pratiques

Lieu

2 Place du Louvre
75001 Paris 1

Accès
Métro Louvre - Rivoli - Pont Neuf.

Plus d'informations
Iconographies :
En tête : Le Massacre de la Saint-Barthélemy de François Dubois, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne.
La Nuit de la Saint Barthélémy, Luyken ou Luiken ou Luijken, Jan ou Johannes, Musée Carnavalet
Un matin devant la porte du Louvre, Édouard Debat-Ponsan, 1880, Clermont-Ferrand, Musée d'art Roger-Quilliot.

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