« Le jour où la République rentrera, je rentrerai. » Victor Hugo avait lié son sort à celui du régime qu'il défendait. Le 5 septembre 1870, au lendemain de la chute du Second Empire et de la proclamation de la République à Paris, l'écrivain tient parole. Il monte dans un train à Bruxelles et prend la direction de la capitale française, quittée près de 19 ans plus tôt.
Son départ de Paris remontait au 11 décembre 1851. 9 jours auparavant, le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte avait renversé l'ordre constitutionnel par son coup d'État du 2 décembre. Hugo, alors représentant du peuple, avait tenté d'organiser la résistance avec d'autres députés républicains. Des barricades s'étaient élevées dans Paris ; la répression avait rapidement étouffé l'insurrection. Menacé d'arrestation, l'écrivain était entré dans la clandestinité avant de quitter la France sous une fausse identité, muni d'un passeport au nom de l'ouvrier imprimeur Jacques-Firmin Lanvin.




Direction Bruxelles, première étape d'un exil qui allait devenir l'une des périodes les plus fécondes de son existence. Officiellement proscrit en janvier 1852, Hugo quitte quelques mois plus tard la Belgique pour Jersey, puis s'installe en 1855 à Guernesey, où il acquiert Hauteville House. L'éloignement de Paris n'éteint ni l'écrivain ni le polémiste. C'est au contraire depuis les îles Anglo-Normandes qu'il construit une partie considérable de son œuvre et de sa stature politique.
Les Châtiments paraissent ainsi en 1853, charge féroce contre Napoléon III et le Second Empire. Suivent notamment Les Contemplations en 1856, la première série de La Légende des siècles en 1859, Les Misérables en 1862, Les Travailleurs de la mer en 1866 et L'Homme qui rit en 1869. L'exilé intervient également dans les débats internationaux, contre la peine de mort, en faveur des mouvements nationaux ou encore de l'idée des États-Unis d'Europe.




Hugo aurait pourtant pu revenir bien avant 1870. En 1859, Napoléon III accorde une amnistie aux condamnés et proscrits politiques. Plusieurs exilés reprennent le chemin de la France, mais Victor Hugo refuse. Son exil, jusque-là contraint, devient volontaire. Dans une déclaration datée du 18 août, il lie explicitement son retour à celui de la liberté : « Quand la liberté rentrera, je rentrerai. » Il attendra encore 11 ans.
À l'été 1870, la guerre franco-prussienne précipite les événements. Victor Hugo quitte Guernesey le 15 août et rejoint Bruxelles. Puis vient la catastrophe militaire de Sedan. Napoléon III capitule le 2 septembre ; la nouvelle parvient à Paris le lendemain. Le 4 septembre 1870, la foule envahit le Palais-Bourbon et la République est proclamée, notamment à l'Hôtel de Ville. Le Second Empire s'effondre. Pour Victor Hugo, l'heure du retour a sonné.




Le lendemain, 5 septembre, il prend à Bruxelles le train de Paris avec plusieurs membres de sa famille. Le voyage lui-même prend déjà une dimension publique. La nouvelle de son retour circule et, de gare en gare, des voyageurs et des curieux viennent saluer celui qui est devenu, pendant son absence, l'un des écrivains français les plus célèbres de son siècle.
Victor Hugo, pourtant, n'a pas imaginé une entrée théâtrale dans Paris. Il choisit volontairement un train arrivant tard dans la soirée, espérant une rentrée silencieuse. Mais c'est exactement l'inverse qui se produit !




Lorsque le train entre dans la gare du Nord vers 22h, une foule considérable l'attend. Personne n'a officiellement organisé cette réception, mais la nouvelle s'est propagée dans Paris et des milliers de personnes sont venues accueillir le proscrit. Des cris retentissent, on chante La Marseillaise et Le Chant du départ, tandis que des vers des Châtiments sont récités parmi les manifestants.
L'écrivain a quitté Paris clandestinement en 1851 ; il y revient sous les acclamations. Face à la foule, Victor Hugo prend la parole dès sa descente du train. Son discours est bref, mais la formule qu'il avait lancée 11 ans auparavant prend soudain une réalité presque littérale : « Citoyens, j'avais dit : Le jour où la République rentrera, je rentrerai. Me voici. »




Mais derrière la fête se profile déjà une autre urgence ! La République vient à peine d'être proclamée et l'armée prussienne marche vers Paris. Hugo poursuit donc en expliquant que deux choses l'appellent : la République et le danger. Il n'est pas seulement revenu pour célébrer la chute de Napoléon III ; il affirme être venu participer à la défense de la capitale. Le trajet entre la gare du Nord et son lieu d'hébergement se transforme alors en cortège.
Victor Hugo doit rejoindre son ami Paul Meurice, écrivain et fidèle compagnon de route, qui habite avenue Frochot, près de la rue de Laval, l'actuelle rue Victor-Massé, dans le 9e arrondissement. La progression est lente, la foule accompagne la voiture, serre des mains, acclame l'écrivain. Selon les documents conservés par la Maison de Victor Hugo, il lui faut environ 2h pour gagner sa destination. Arrivé avenue Frochot, la soirée n'est toujours pas terminée. La foule est encore là !




Victor Hugo s'adresse une nouvelle fois aux Parisiens. Il mesure alors ce que représente cette réception après presque deux décennies passées loin de la France. Une phrase résume la scène : « Vous me payez en une heure 19h ans d'exil. » La formule dit beaucoup du changement de statut de Hugo entre 1851 et 1870.
Lorsqu'il avait quitté Paris, il était certes déjà l'auteur de Notre-Dame de Paris, de Hernani et de nombreux recueils poétiques, membre de l'Académie française et ancien pair de France. Mais son engagement politique avait fait de lui un proscrit pour le nouveau régime. 19 ans plus tard, il revient auréolé à la fois de son œuvre écrite en exil et de son refus obstiné de composer avec Napoléon III.




Le retour du 5 septembre dépasse ainsi largement l'anecdote biographique. Victor Hugo et Paris se retrouvent au moment précis où la ville elle-même bascule dans une nouvelle époque politique. Et cette époque commence sous de mauvais auspices.
À peine 2 semaines après son arrivée, le 19 septembre 1870, Paris est complètement encerclé par les forces allemandes. Commence un siège de plus de 4 mois, marqué par les bombardements, le froid et les pénuries alimentaires. Victor Hugo reste dans la capitale, il participe à des souscriptions, donne de l'argent, intervient publiquement et met sa notoriété au service de la défense de Paris.




L'écrivain observe surtout la succession vertigineuse des événements qui suivent son retour : le siège, la capitulation française, les élections de février 1871, puis la Commune de Paris. Élu député de la Seine en février 1871, il siège à l'Assemblée nationale réunie à Bordeaux mais démissionne dès le mois suivant. Lorsque la Commune commence le 18 mars, Hugo se trouve bientôt à Bruxelles. Il critique certaines décisions des communards tout en condamnant avec force la répression qui s'abat sur eux après la Semaine sanglante. Son domicile bruxellois devient même un refuge proposé aux proscrits, position qui lui vaut d'être expulsé de Belgique.
De cette période naîtra notamment L'Année terrible, publié en 1872, chronique poétique de ces mois durant lesquels guerre étrangère, chute d'un régime, siège de Paris et guerre civile se succèdent. Quant au retour du 5 septembre 1870, il devient rapidement l'un des grands épisodes de la légende hugolienne.




Il existe d'ailleurs encore dans les collections parisiennes une représentation de cette soirée. Un dessin conservé à la Maison de Victor Hugo (et en tête de cet article) montre l'écrivain devant la grille de l'avenue Frochot, entouré par la foule qui l'a accompagné depuis la gare du Nord. L'image fut conçue pour illustrer Actes et paroles, ouvrage dans lequel Hugo rassemble ses interventions politiques et raconte lui-même sa rentrée à Paris, qu'il ne quittera plus durablement.
Il y vivra encore 15 ans et deviendra progressivement une figure presque institutionnelle de la République. Pour ses 80 ans, le 27 février 1882, une foule immense défile devant son domicile du 124, avenue d'Eylau. Quelques mois plus tôt, une partie de cette avenue avait été rebaptisée avenue Victor-Hugo, honneur exceptionnel accordé de son vivant.




Lorsqu'il meurt à Paris le 22 mai 1885, la République lui réserve des funérailles nationales. Son cercueil est exposé sous l'Arc de Triomphe avant de traverser Paris jusqu'au Panthéon, où il est inhumé le 1er juin. Des centaines de milliers de personnes, probablement bien davantage selon les estimations de l'époque, suivent ou regardent passer le cortège. Entre ces deux foules, celle de septembre 1870 et celle de juin 1885, se dessine la dernière partie de la vie de Victor Hugo.
Pour aller plus loin :
Balade sur les traces de Victor Hugo à Paris : découvrez les lieux liés au célèbre écrivain !
Il a écrit Les Misérables, Notre-Dame de Paris ou encore le Dernier jour d'un condamné : aujourd'hui c'est son histoire qu'on s'arrête à explorer. Partez en balade à Paris sur les traces du grand écrivain français Victor Hugo, et découvrez les nombreux endroits qui ont marqué sa vie. [Lire la suite]
La maison de Victor Hugo à Paris, une plongée artistique dans l'univers du célèbre écrivain français
La Maison de Victor Hugo est cachée place des Vosges, au cœur de Paris. Ce musée dédié au plus célèbre des auteurs français nous permet de découvrir l'appartement où a vécu l'artiste et sa famille, ainsi que son univers artistique. [Lire la suite]
Cette page peut contenir des éléments assistés par IA, plus d’information ici.
Dates et Horaires
Le 5 septembre 2026
Lieu
Gare du Nord
18, Rue de Dunkerque
75010 Paris 10
Calcul d'itinéraire
Infos d’accessibilité



Balade sur les traces de Victor Hugo à Paris : découvrez les lieux liés au célèbre écrivain !


La maison de Victor Hugo à Paris, une plongée artistique dans l'univers du célèbre écrivain français














